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La province de Cao Bằng entre représentation et réalité


Texte intégral

  • 1 Les données sont disponibles sur le site du département des statistiques du Vietnam : http://www.g (…)

1Située à plus 300 kilomètres au nord de Hanoï, Cao Bằng est une province frontalière dont l’est et le nord jouxtent la province du Guangxi (Chine), l’ouest et le sud‑ouest sont limités par les deux provinces de Hà Giang et de Tuyên Quang, et le sud est voisin des provinces de Bắc Kạn et de Lạng Sơn. Selon les données de l’Office général de la statistique du Vietnam en 2012, cette province a une superficie de 6 707,9 km2 et une population de 515 200 personnes. C’est l’une des quatre provinces de la moyenne et de la haute région du nord à la plus faible population1. Son nom signifie plateau d’altitude, et elle a longtemps été présentée comme une zone à l’environnement délétère par les sources historiques vietnamiennes ?

  • 2 R. Bourret, Études géologiques sur le nord‑est du Tonkin, Impr. d’Extrême‑Orient, Hanoï– Hai Phong (…)

2La géographie physique de Cao Bằng est relativement complexe et variée. Chaque partie du plateau est isolée par des montagnes particulières, dont l’altitude diminue progressivement de l’ouest et du nord‑ouest vers l’est et le sud‑est. Si l’on regarde la carte de géographie physique (carte 2), on voit facilement que la partie septentrionale de la chaîne de Ngân Sơn2, avec de nombreux sommets, situés à plus ou moins 1 000 mètres du niveau de la mer, qui s’allongent depuis la partie occidentale du district de Thông Nông jusqu’à celui de Nguyên Bình, est devenue la ligne de partage des eaux de cette province en la divisant en deux parties : du côté oriental, tous les cours d’eau se jettent vers la rivière Bằng et sont orientés vers la Chine ; du côté occidental, c’est la région de la rivière Gâm où les cours d’eau sont orientés vers le Fleuve Rouge et l’intérieur du Vietnam.

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Carte 2 – Relief de Cao Bằng

Source : Extrait de la Carte du Tonkin physique, 1930, Service géographique de l’Indochine, BNF

La partie orientale

3Occupant les deux tiers de la surface de Cao Bằng, la partie orientale est très variée avec de nombreuses vallées qui s’intercalent entre des massifs karstiques au nord et à l’est, et entre des collines, ou des mamelons couverts d’herbes au sud.

Cliché 1 – Une partie de la vallée de Hòa An

Source : Cliché de Nguyễn Thị Hải en 2013

  • 3 R. Bourret, Études géologiques sur le nord‑est du Tonkin, op. cit., p. 54 ; P. Gourou, le Tonkin, (…)
  • 4 P. Gourou, le Tonkin, op. cit., p. 223.
  • 5 Service de la statistique générale Indochine, Annuaire statistique de l’Indochine, recueil de stat (…)

4Le point le plus important est la dépression de Cao Bằng et de Lạng Sơn allongée de Sóc Giang (Cao Bằng) jusqu’à Lộc Bình (Lạng Sơn). Il s’agit d’une zone de collines et de montagnes moyennes qui alternent avec des vallées3. Cependant, « ce n’est pas une dépression continue, c’est plutôt un chapelet de dépressions : la route qui va de Lang Son à Cao Bang a un tracé fort accidenté »4. Coulant au nord de cette dépression, la rivière Bằng prend sa source en Chine, entre au Vietnam par le poste‑frontière de Sóc Giang, puis suit la direction nord‑ouest sud‑est en recevant presque toutes les sources d’eau de la région avant de revenir en Chine pour devenir un affluent de la rivière Yu (郁江) à Longzhou. Ainsi, elle a contribué à la formation des plaines très fertiles le long de la rivière, en particulier la vallée de Hòa An qui s’étend sur plus de trente kilomètres. Les statistiques des années 1919‑1922 montrent que le rendement des rizières de Cao Bằng est le plus élevé de celui des provinces frontalières du Nord : 20 quintaux à l’hectare5.

  • 6 R. Bourret, Études géologiques sur le nord‑est du Tonkin, op. cit., pp. 31‑32.

5Au sud de la rivière Bằng, le relief est pour l’essentiel formé de collines moyennes constituées d’une alternance de schiste et de grès. Elle se présente comme une région de pénéplaine où les mamelons couverts de végétation se succèdent et où les vallées communiquent par des cols plus ou moins élevés, en s’élargissant au sud du district de Thạch An avec la présence de la dépression de Đông Khê6.

  • 7 Notices sommaires sur les territoires militaires, Impr. Schneider, Hanoi, 1900, p. 40 ; A. Billet, (…)
  • 8  Inspection générale de l’Agriculture, de l’Élevage et des Forêts, la Protection et l’amélioration (…)

6Les collines sont entièrement couvertes par des herbes et des arbrisseaux. La plus répandue est l’herbe à paillote, dont les feuilles pouvant atteindre plusieurs mètres, sont larges et les bords coupants et qui est utilisée en général pour couvrir les maisons7. Dans les districts de Nguyên Bình et de Hòa An, de nombreux mamelons couverts de végétation ont permis d’installer des fermes d’élevage de chevaux et de bétails. Il faut citer dans ce cas la jumenterie de Nước Hai (Hòa An), fondée au début du XXe siècle, où on élevait et améliorait une race de chevaux autochtones, petits mais très résistants et excellents pour le transport dans les régions montagneuses. Dans les années 1920‑1930, cette jumenterie fournissait une grande partie des chevaux destinés aux courses de Hanoï et de Haiphong8. Alternant avec les mamelons herbeux, les forêts de bambous existent pour l’essentiel dans les districts de Nguyên Bình et de Thạch An. Ces forêts fournissent les matériaux qui permettent à la population de construire leurs maisons et de fabriquer des objets du quotidien.

7À partir de Đông Khê, en remontant vers l’ouest et le nord‑ouest, les collines s’élèvent en altitude et rejoignent la chaîne de Ngân Sơn et il est important de remarquer la petite région de Phja Oắc (Nguyên Bình). Son relief est complexe, avec une pente moyenne de plus 38 %, et même à certains endroits, le flanc de la montagne est quasiment vertical. Cette région comporte des sommets élevés comme le Phja Oắc (1 931 mètres), le Phja Đén (1 428 mètres), etc., en alternance avec de petites vallées étroites. Depuis le col Lê A (1 362 mètres), on peut voir l’ensemble de la montagne de Phja Oắc avec sa forme impressionnante qui masque complètement le ciel à l’ouest. Elle est recouverte d’une forêt dense, avec de petites vallées profondes et plus loin, au nord, se trouve la cuvette de Tĩnh Túc au pied du haut plateau de Cao Bằng‑Lạng Sơn.

8Grâce aux montagnes élevées, Phja Oắc est devenue une petite région au climat subtropical très particulier à Cao Bằng avec quatre saisons fraîches, dont un hiver très froid avec de la glace et de la neige. Au début du XXe siècle, les Français ont construit à cet endroit une zone de villégiature d’été pour leurs fonctionnaires et leurs officiers. L’écosystème de la région est très varié grâce à ce climat subtropical humide. Cette région comporte de nombreux arbres et végétaux comme le vù hương (Cinnamomum parthenoxylon), le lát hoa (Chukrasia tabularis), le sến mật (Madhuca pasquieri), le bois de santal, le bois de fer, l’igname des teinturiers, etc. On y trouve également de nombreuses espèces animales très rares comme le cerf porte‑musc, le gibbon noir, le cygne, l’ours, la civette, ou l’écureuil volant.

  • 9 Tỉnh ủy – UBND tỉnh Cao Bằng, Địa chí Cao Bằng [Monographie de Cao Bằng], Ed. Chính trị Quốc gia, (…)

9La région au sud de la rivière Bằng se situe dans les schistes de la rivière Hiến qui remontent à environ trente millions d’années. Elle se trouve également entre la faille de la rivière Năng et celle de Cao Bằng‑Tiên Yên. Ainsi le sous‑sol est très riche en minéraux précieux comme l’or, l’étain, le fer, le titane…9 Cette zone est aujourd’hui un grand chantier d’exploitation minière, en particulier dans la région de Tĩnh Túc (Nguyên Bình).

  • 10 Notices sommaires sur les territoires militaires, op. cit., p. 41 ; R. Bourret, Études géologiques (…)

10La zone au nord de la rivière Bằng n’a que des montagnes karstiques ayant des formes et des altitudes variées, avec quelques sommets de plus de 1 000 mètres. À la surface du plateau, de nombreux endroits se découpent pour former une multitude de petites montagnes en forme de cône. Dans ces endroits, les vallées avec les champs karstiques sont jointes les unes aux autres par des cols qui s’élargissent. Parmi ces cols, certains sont relativement élevés comme Mã Phục, Khau Liêu, Khau Chỉa, Khau Khang. Néanmoins, la circulation est en général plus facile que dans d’autres régions de cette province. Les zones de Lục Khu et Mỏ Sắt (district de Hà Quảng) où l’altitude moyenne est de 800 à 900 mètres sont constituées de très petites vallées entourées par de hauts massifs calcaires inaccessibles10.

Cliché 2 – Le champ karstique de la commune de Lăng Yên (Trùng Khánh)

Source : Cliché de Nguyễn Thị Hải en 2013

  • 11 Édouard Diguet , les Montagnards du Tonkin, A. Challamel, Paris, 1908, p. 3 ; Notices sommaires su (…)
  • 12 Bá Thảo, Thiên nhiên Việt Nam, op. cit., p. 40.
  • 13 Địa chí tỉnh Cao Bằng,op. cit., p. 54 ; Hoàng Tuấn Nam, Non nước Cao Bằng [le Pays de Cao Bằng], H (…)

11La karstification dans cette région a conduit à la formation de nombreuses grottes larges et grandes, qui constituent des abris naturels pour la population en temps de trouble11. Cependant, cette karsification a entraîné aussi des sécheresses car l’eau en général s’infiltre dans les fentes de la pierre et disparaît profondément, pour former ailleurs des cours d’eau ou des eaux souterraines qui se jettent dans les rivières ou qui réapparaissent de façon inattendue à la surface de la terre. Les habitants ne peuvent y cultiver que des plantes qui supportent la sécheresse. Dans les lieux où émergent des sources avec un débit plus ou moins important, on trouve de gros villages riches avec des champs fertiles. On peut observer ce type de champs dans les districts de Trùng Khánh, de Quảng Uyên, de Phục Hòa et de Trà Lĩnh. Parfois, l’eau apparaît de façon inattendue comme dans le cas du lac de Thăng Hen. Ce lac a une longueur de cinq cents à mille mètres, une largeur de cent à trois cents mètres – longueur et largeur qui varient en fonction de la saison. En effet, il s’agit d’un chapelet de lacs, plus exactement un chapelet de ravins calcaires étroits, formés de toute une série de grottes karstiques souterraines qui se sont affaissées et dont le fond a été comblé par de l’argile, donc l’eau y stagne toute l’année12. Ce bassin d’eau est nourri grâce aux nombreux cours d’eau souterrains qui prennent leur source dans les massifs calcaires. Lors de la saison des pluies, l’eau monte très rapidement à un haut niveau, entraînant des inondations dans les vallées environnantes, ce qui provoque la formation de trente‑six grands et petits lacs différents. À l’inverse, au cours de la saison sèche, le niveau de l’eau diminue brutalement, et parfois il ne reste qu’une hauteur de dix mètres d’eau13.

  • 14  Bá Thảo, Thiên nhiên Việt Nam, op. cit., p. 39.

12La Quây Sơn, une rivière au nord du district de Trùng Khánh, a apporté dans cette région la prospérité, en particulier pour les champs de Lũng Đính. Après avoir parcouru la zone des massifs calcaires, elle parvient à Bản Giốc en se jetant dans une zone de schistes pour former une belle cascade de trois étages d’une hauteur de 34 mètres14. À la saison des pluies (du mois de mai au mois de septembre), les cours d’eau souterrains situés en amont se déversent en direction de la cascade en formant en aval une grande vallée fertile.

Cliché 3 – La cascade de Bản Giốc

Source : Cliché de Nguyễn Quang Anh

  • 15 Đại Nam nhất thống chí [Encyclopédie du Đại Nam], Ed. Thuận Hóa, Huế, 2006, vol. 4, pp. 386, 498 ; (…)
  • 16 Elle est utilisée pour soigner les ulcères cutanés comme la lèpre, la gale et le rhumatisme, toute (…)
  • 17 A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin : région de Cao– Bang, op. cit., p. 56‑61.
  • 18 Ibid., pp. 61‑63.
  • 19 S. Baron, A Description of the Kingdom of Tonqueen, [s. l.], J. Walthoe, 1732, p. 18.
  • 20 Đại Nam thực lục [Chroniques véridiques du Đại Nam], Ed. Giáo dục, Hanoï, 2002, vol. 6, p. 432 ; Đ (…)
  • 21 Đỗ Tất Lợi, Những cây thuốc và vị thuốc Việt Nam, op. cit., p. 977.

13La végétation dans les massifs calcaires se développe largement et les arbres sont en général de grande taille. Parmi eux, on trouve toutes sortes d’arbres d’un grand intérêt économique appartenant à la famille des palmiers et celle des rotins. On trouve aussi des tubercules et des plantes médicinales comme les loganiacées, la badiane, l’amome, etc.15 Le hoàng nàn (Strychnos gaultheriana pierre) appartient à la famille des loganiacées et d’après les notes du docteur Albert Billet, c’est une plante médicinale qui est très rare et très appréciée par les médecins traditionnels du Vietnam.16 Dans les montagnes de plus de 800 mètres, la forêt est très dense avec de nombreux grands arbres de valeur comme les bois de fer, le chêne à « vers à soie », le teck, le bois de santal, le châtaignier, l’arbre à papier blanc, l’arbre à laque, les arbres à vernis, l’arbre à huile, etc.17. Le nghiến (Pentace tonkinnensis) – mạy diển en tày – en particulier, pousse en général à environ mille mètres d’altitude. Ces arbres qui n’ont pas moins de 20 à 30 mètres de hauteur, que l’on désigne couramment sous le nom de bois de fer, fournissent d’excellents piliers de bois dur, solides et résistants aux insectes. La forêt est également le lieu de vie de nombreux animaux, parmi lesquels les grands animaux comme le tigre, le saro d’Indochine, l’ours, la panthère ou le cerf18. Le musc, une matière très recherchée, est extrait des glandes abdominales des cerfs porte‑musc. Ce musc est devenu une denrée commercialisée à Cao Bằng depuis très longtemps. Au XVIIe siècle, Samuel Baron lors de son voyage au Tonkin rapporte que la région montagneuse du nord du Vietnam, surtout à Cao Bằng et à Lạng Sơn, était un lieu de production de musc objet d’un commerce entre le nord du Vietnam et la Chine19. La capture de ce cerf porte‑musc et le commerce du musc dans cette région sont mentionnés dans les sources historiques de l’époque des Nguyễn au XIXe siècle20 et dans l’ouvrage de recherche sur les plantes médicinales et la pharmacopée du Vietnam de Đỗ Tất Lợi au XXe siècle21. Malheureusement, aujourd’hui, les ressources forestières de la province de Cao Bằng ont été totalement détruites, et les forêts secondaires qui restent sont, paraît‑il, d’un intérêt réduit sur le plan végétal.

  • 22 Ngô Đức Thọ, Nguyễn Văn Nguyên, Philippe Papin, Đồng Khánh địa dư chí, op. cit., pp. 657 et 67 (…)

14La partie orientale de Cao Bằng étant située dans les zones tropicales de la mousson, son climat comprend deux saisons très marquées : la saison sèche, du mois d’octobre au mois d’avril, et la saison humide, du mois de mai au mois de septembre. La température moyenne annuelle est de 20 à 22 degrés, mais les écarts entre les deux saisons, au cours des mois, même entre le jour et la nuit et entre les régions, sont variables. En été, la température varie de 30 à 40 degrés ; au mois de mai et de juin surtout, il fait une chaleur étouffante ponctuée d’averses. La période où la pluie est la plus fréquente correspond aux mois de juin et de juillet, où la pluviosité peut atteindre 300 mm par mois pouvant provoquer d’importantes inondations. En effet, la région de la vallée de Hòa An et celle du sud de la rivière Bằng sont essentiellement des régions de montagnes formées par les schistes où l’eau s’écoule très lentement à la différence des régions karstiques22.

  • 23 Đài khí tượng Cao Bằng, Đặc điểm khí hậu Cao Bằng [la Climatologie de la province de Cao Bằng], Ba (…)
  • 24 Ngô Đức Thọ, Nguyễn Văn Nguyên, Philippe Papin, Đồng Khánh địa dư chí, op. cit., p. 651.
  • 25 L’un des proverbes populaires constate que : Bươn chất dân rẻt rẻt ‑ Bươn pét dân rịu rịu (le 7e m (…)
  • 26 Đài khí tượng Cao Bằng, Đặc điểm khí hậu Cao Bằng, op. cit., pp. 12‑13.
  • 27 « La province de Cao Bang », Avenir du Tonkin, nos. 415‑421, mai‑juin 1892.

15Lors du changement de saison, à Cao Bằng, il est fréquent que le brouillard recouvre la région du matin jusqu’à midi, surtout dans les hautes montagnes. L’hiver, la température moyenne est de 13 degrés, les précipitations ne dépassent pas quatre à cinq millimètres, le taux d’humidité est très faible, surtout au mois de décembre où il diminue jusqu’à 30 %. C’est la période des grandes sécheresses23. La période la plus froide est celle des mois de décembre et de janvier, où la température peut descendre jusqu’à moins un ou moins deux degrés, en particulier la nuit, où les habitants tremblent de froid. Quelquefois, la neige tombe sur toute la province et les ruisseaux se couvrent d’une pellicule de glace24. Les montagnes orientées vers le nord et le nord‑est laissent passer le vent qui vient de Chine, l’hiver apparaît très rapidement et le froid arrive brusquement25. Cependant, la température en hiver peut atteindre les 29 degrés et l’écart est très brutal entre le jour et la nuit, environ de huit à dix degrés, en particulier au moment du changement de saison26. Durant la journée, le thermomètre varie d’un degré et demi (vers cinq heures du matin) à vingt‑cinq degrés (vers midi) pour retomber à cinq degrés (vers sept heures du soir)27. Vers février‑mars, c’est la période des crachins et du brouillard très épais.

La partie occidentale

  • 28 Notices sommaires sur les territoires militaires, op. cit, p.51.

16La partie occidentale comprend les deux districts de Bảo Lâm et de Bảo Lạc. Elle comporte de nombreux massifs élevés appartenant à la chaîne de la rivière Gâm, qui sont découpés par une série de vallées étroites. Les massifs calcaires forment en général de hautes murailles à pic et leurs sommets sont découpés de façon très caractéristique, par une série de pitons en dents de scie28.

Cliché 4 – Les massifs calcaires à la partie occidentale

Source : Cliché de Nguyễn Thị Hải en 2013

  • 29 Ibid., 51.
  • 30 Édouard Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 4‑5.

17Le sommet le plus élevé de la partie occidentale est le Phja Dạ qui atteint 1 980 m. Il se situe à l’est de Bảo Lạc et jouxte la zone de Phja Oắc. Cette montagne est couverte d’une forêt dense enveloppée à longueur d’année de nuages, de brouillards et recouverte de neige en hiver. La partie orientale des deux districts de Bảo Lạc et de Bảo Lâm ne comporte pas beaucoup de massifs calcaires, mais on y voit des massifs argileux en forme de dômes ou de ballons ayant une altitude moyenne de plus de 800 m, souvent couverts de hautes futaies. On y trouve les essences des zones tempérées29. Depuis Phja Dạ jusqu’au chef‑lieu de Bảo Lạc, il y a une alternance de massifs très élevés et de petites vallées très profondes, stériles et parcourues de petits cours d’eau. Ainsi, le réseau des routes dans cette région est très difficilement praticable, car l’altitude varie brusquement entre 150 m et 1 200 m30. Cette région a été exploitée essentiellement par les Hmong, les Yao, les Lô Lô et les Sán Chỉ. Ce sont des populations qui pratiquent la culture sur brûlis.

Cliché 5 – Les brûlis à Bảo Lạc

Source : Cliché de Nguyễn Thị Hải en 2013

  • 31 Đại Nam nhất thống chí, op. cit., vol. 4, p. 409; Notices sommaires sur les territoires militaires(…)

18Coulant au milieu de la partie occidentale, la rivière Gâm prend sa source en Chine, non loin de la frontière et s’oriente dans la direction nord‑est‑sud‑ouest en recevant tous les affluents de Bảo Lạc et de Bảo Lâm, puis, continue à travers le district de Bắc Mê (Hà Giang), les deux districts de Na Hang et de Chiêm Hóa (Tuyên Quang), pour former un affluent de la rivière Claire à Khe Lau. Avec une altitude moyenne de 200 m, elle creuse un ravin très profond dans le paysage de cette région. Depuis la frontière de Bảo Lạc jusqu’à Thượng Lâm (Na Hang), de nombreux tronçons de celle‑ci s’écoulent entre deux massifs calcaires volumineux en faisant de nombreux coudes. À la saison des pluies, l’eau monte rapidement dans cet étroit couloir et recouvre le sentier qui suit la rive gauche de la rivière. Sa largeur moyenne, en dehors des gorges, est de 70 m, et son courant est très rapide31.

Cliché 6 – La rivière Gâm à Bảo Lâm

Source : Cliché de Nguyễn Thị Hải en 2013

  • 32 La rivière Nho Quế prend sa source en Chine, entre au Vietnam à Đồng Văn puis traverse le district (…)
  • 33 La rivière Neo prend sa source dans la montagne de Phja Oắc, suit la direction nord‑ouest pour rej (…)
  • 34 J’utilise arpent comme traduction de mẫu, unité de surface vietnamienne valant 3 600 m2. 2 000 arp (…)
  • 35 Đặng Xuân Bảng, « la Province de Tuyên Quang», traduite et annotée par A. Bonifacy, Revue indochin (…)

19Le long de la rivière de Nho Quế32, mais aussi de la rivière Neo33, de la rivière Gâm et d’autres nombreux cours d’eau, il y a des petits champs. À certains endroits, l’ennoyage et la karstification ont donné de nombreuses rizières très fertiles, notamment dans la vallée de Đồng Mu (Xuân Trường). Avec une superficie supérieure à 2 000 arpents34, cette vallée se situe à une altitude de plus de 800 m et est entourée de massifs calcaires d’une hauteur de 1 800 m. Son toponyme est d’origine Tày, il rappelle la forme d’une espèce de chapeau de la montagne qui émerge au milieu de la vallée. Mais cette montagne porte aussi le nom littéraire de Ngọc Mạo35. Face à la montagne, il y a un grand lac, de trois kilomètres de longueur et d’un kilomètre de largeur. Il est alimenté par les apports de nombreux cours d’eau de surface et souterrains provenant des massifs calcaires qui l’entourent, ainsi, il ne connaît pas la sécheresse. Les eaux du lac transforment radicalement l’aspect de cette région de massifs calcaires qui manque d’eau. Elle est devenue une vallée fertile et peuplée.

20Le climat de la partie occidentale est plus rude que celui de la partie orientale. En été et en automne, il pleut beaucoup, surtout en juin et juillet. Les averses sont très violentes et forment des torrents qui ravinent la montagne, provoquent des éboulements et rendent la circulation très difficile. L’eau qui provient du sommet des montagnes, forme des ruisseaux qui se déversent dans les rivières Neo et Gâm en provoquant de très importantes inondations. Le niveau de l’eau s’élève en tourbillonnant, entraîne le limon, arrache les grands arbres, et les rivières coupent la circulation sur de nombreuses portions de route.

  • 36 Hoàng Tuấn Nam, Non nước Cao Bằng, op. cit., p. 35.
  • 37 Ibid., pp. 397‑398.

21Le climat des plaines (régions voisines des cours d’eau d’une altitude de 250 à 800 mètres) est intertropical. En été, la température très élevée peut monter jusqu’à 40 degrés en mai et en juin ; elle est supérieure à celle de la partie orientale36. Sous l’influence de la chaleur et par suite de l’abondance des pluies, l’air est saturé d’humidité. En hiver, il fait un froid piquant et dans la région élevée, l’eau est glacée37. Au cours de ces journées, la gelée blanche fait son apparition, elle peut durer parfois cinq à sept jours et provoquer le gel d’un grand nombre de végétaux.

  • 38 Le coton de Bảo Lạc est très connu. D’après le rapport d’A. Bonifacy en 1912, ce coton était une m (…)
  • 39 Soit 1 080 ha.
  • 40  Quý Đôn, Kiến Văn tiểu lục [Notes sur les choses vues et entendues], 1777, Ed. Văn hóa Thông ti (…)
  • 41  Quang Định, Hoàng Việt nhất thống dư địa chí [Géographie descriptive de l’empire Việt], 1804, E (…)
  • 42  Quý Đôn, Vân Đài loại ngữ [Propos par matières de ma bibliothèque], Ed. Văn hóa thông tin, Hano (…)
  • 43 A. Bonifacy, « le Bois “de cercueil” dans la région de Ha Giang (Tonkin) », BEI, 0944605190), pp. 70 (…)
  • 44 A. Bonifacy, « le Bois “de cercueil”… », art. cit. ; A. Bonifacy., « Rapport de tournée dans le 3e(…)
  • 45 P. Gourou, le Tonkin, op. cit., p. 193.
  • 46  Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit., p. 352.

22En raison de l’abondance de montagnes de plus de 800 m, la végétation subtropicale dans cette région est très variée avec toutes sortes de bois de qualité comme le bois de fer, l’abrasin, le chukrasia…, et aussi avec des animaux rares comme le tigre, la panthère, l’ours, etc. Lorsqu’il présente la région de Bảo Lạc à la fin du XVIIIe siècle Lê Quý Đôn affirme : « les montagnes sont enchevêtrées, les forêts denses sont très nombreuses et la région produit du coton38, de la cire d’abeille, de la gomme‑laque, le nombre de champs atteint 3 000 arpents39, la population est riche, le riz est abondant et les animaux d’élevage sont nombreux »40. Elle a aussi de nombreuses ressources naturelles bien connues comme l’angélique de Chine, l’igname des teinturiers, l’amome, les badianes, le magnolia, le samou, le poirier, le prunier, le miel, la corne de cerf, les défenses d’éléphant, le poisson Semilabeo notabilis (cá anh vũ) et le coton…41. Parmi les produits évoqués, Lê Quý Đôn a en particulier signalé l’importance du samou qui est le bois d’un conifère. Il écrit que cet arbre ressemble au pin, il est droit, son bois est plus dur et il en existe un grand nombre au Sichuan, à Huzhou et au Guizhou en Chine. Mais là‑bas, il n’y a pas de grands arbres, le plus grand a un tronc ne dépassant pas 40 centimètres de diamètre. Cet arbre comprend deux sous‑espèces : le samou rouge dont le bois très dur recèle beaucoup de résine ; le samou blanc dont le bois sans résine n’est pas solide. Au Vietnam, la province de Tuyên Quang, qui couvre aujourd’hui la province de Tuyên Quang, celle de Hà Giang et les deux districts de Bảo Lạc, Bảo Lâm (Cao Bằng), a de nombreux samous rouges (Cunninghariasinesis R.B conifères) très grands qui ont plus d’un mètre de diamètre42. Selon Auguste Bonifacy, à côté du samou, il y a aussi le pemou qui atteint une hauteur considérable d’au moins 50 mètres. Le pemou a le même habitat que le samou, mais il est plus commun, plus putrescible, moins odorant, donc sa valeur est inférieure. Ces deux bois ne se déforment pas et sont parfumés, donc les Chinois les utilisent souvent pour fabriquer des bateaux, des habitations, des meubles et surtout des cercueils43. Leur valeur est très élevée : en 1912, en Chine non loin de la frontière de Bảo Lạc, un cercueil de samou fait de planches monoxyles, valait de 300 à 500 piastres44 alors qu’à Bảo Lạc à la même époque, le prix d’un picul du riz (équivalant à 60 kg) était de 3 piastres ; ou encore, dans les années 1920, une planche de pemou de 2,2 mètres de long sur 40 centimètres de large et 55 millimètres d’épaisseur valait 80 piastres45. Dans la forêt, poussent de nombreuses plantes médicinales de valeur, mais aussi des plantes toxiques comme le mần để (Croton tiglium), le thàn mát (Millettia ichthyochtona Drake) dont les feuilles et les fleurs, quand elles tombent dans l’eau, provoquent la mort des crevettes et des poissons. Elles peuvent aussi intoxiquer les personnes46.

  • 47 Nguyễn Trãi, “Dư địa chí” [Traité de géographie],1435, in Ức trai tập [Œuvres complètes de Ức Trai (…)
  • 48 Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit., p. 395.

23La partie occidentale de Cao Bằng produit aussi des minéraux extraits de son sous‑sol comme l’or, l’argent, le fer, l’étain, etc.47 Les mines les plus représentatives sont celles de plomb de Tùng Bách, de cuivre de Đường Âm et de Lạc Thổ, de salpêtre de Phú Yên, de soufre de Lạc Nông, etc48. En traduisant le travail du Đặng Xuân Bảng (1828‑1910), Bonifacy a noté :

  • 49 Đặng Xuân Bảng, « la Province de Tuyên Quang », art. cit., p. 414.

« Les mines de Để Định étaient renommées comme les plus riches de tout le royaume d’Annam. Le pays de Bảo Lạc et l’ouest de la province de Cao Bằng formaient en Chine une division territoriale du nom de Quảng Nguyên. Il est certain que la faille profonde où coule le Sông Niêm, entre les hauts massifs calcaires du Đông Quang au nord et de Đường Thượng au sud, est richement minéralisée, et il est même probable qu’une petite exploitation a continué à notre insu (…). Les plus importantes sont, d’après les renseignements fournis par Ma Sĩ Hòa celle de Quan Quang au hameau de Pác Đăng, celle de Niêm Sơn à celui de Bản Tại et celle de Mậu Duệ à Pú Mại. »49

  • 50 Đại Nam thực lục, op. cit., vol.  3, p. 314.
  • 51 Nguyễn Văn An, Gió sương [Mésaventures], 1977, conservé chez M. Nguyễn Thắng Quân à Hanoï.
  • 52 Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit., p. 349.

24C’est pourquoi, dans les années 1830, les deux mines d’or de Niêm Sơn et de Quan Quang devaient remettre chaque année 5 kg d’or en pépites destinées à la vente et verser un impôt de 400 grammes d’or fondu50. Les habitants de Bảo Lạc, dans les années 1938‑1939, ont exploité des sables aurifères dans la rivière Gâm51. Cette exploitation éclaire l’origine de son nom littéraire Kim Sa (金沙)52 qui signifie le sable aurifère.

  • 53 Daniel Perret, la Formation d’un paysage ethnique, Batak & Malais de Sumatra Nord‑Est, EFEO, 1995, (…)
  • 54 Notamment Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit..
  • 55 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí [Monographie de la province de Cao Bằng], vol. 1, 1921 ; Đại Nam nhất t (…)

25Cao Bằng, comme les autres provinces montagneuses, est un endroit qui rassemble de très nombreuses ethnies différentes et la répartition de ces ethnies dépend beaucoup des coutumes, des cultures, des activités ainsi que des origines de chacune. Les sources dont nous disposons ne permettent cependant pas de déterminer le « paysage ethnique »53 de la région de Cao Bằng au début du XIXe siècle, lorsque la dynastie Nguyễn s’empare du pouvoir. Or, il est important de pouvoir le définir, au moins dans ses grandes lignes, pour comprendre la politique de la Cour vietnamienne dans la marche de Cao Bằng. Hors quelques documents, comme les travaux de Lê Quý Đôn54, les premières sources précises dont nous disposons datent de la fin du XIXe siècle, voire du début du XXe siècle. Elles ont pour l’essentiel été compilé par les colonisateurs français, notamment dans le cadre de « la politique des races » définie par les colonels Pennequin et Gallieni et doivent dès lors être manipulées avec précaution. Quelques sources vietnamiennes, notamment les études de Bế Huỳnh ou la Géographie de l’empereur Đồng Khánh55, viennent les compléter. Grâce à ces sources, il est possible de dresser un panorama assez précis des groupes ethniques qui vivent alors à Cao Bằng, les informations collectées permettant par ailleurs de déterminer les périodes probables de leur implantation dans cette région, ainsi que les grandes lignes de l’histoire de leurs relations entre eux. Cette étude du paysage ethnique de Cao Bằng à la fin de notre période doit permettre de saisir les évolutions vécues au cours du XIXe siècle et ainsi de mieux comprendre les politiques de l’État vietnamien vis‑à‑vis de ces groupes humains et les réponses que ceux‑ci ont développé. Ces sources montrent sans ambiguïté que les Tày sont les plus nombreux et sont présents dans tous les districts de cette province.

Carte 3 – Carte ethnolinguistique du nord Vietnam

Source : Extrait de la Carte de l’Indochine ethnolinguistique dressée par Cl. Madrolle, Impr. de Monrocq, Paris, 1918

Les Tày

  • 56 David K. Wyatt, Thailand a short history, New Haven and London, Yale University Press, 1984, p. 6.
  • 57 Ibid.

26Les Tày sont une ethnie qui relève de la famille linguistique Taï‑Kadai. Les Taï‑Kadai comprennent plusieurs groupes comme les Shans, Lao, Siamois, etc. Ils constituent eux‑mêmes une sous‑partie du groupe ethnolinguistique plus large des Taï comme les Zhuang, Nùng, Taï noirs, Taï rouges, Taï blancs, etc. Dans les premières références chinoises, les Taï sont désignés comme des habitants des vallées et des plaines et comme ayant une économie basée sur la culture du riz en eau. Il existait une grande population assez homogène dans les vallées de l’extrême sud‑est de la Chine parlant des langues « proto‑taï »56. Ces personnes vivaient sous une pression démographique, économique et politique croissante de leurs voisins, Vietnamiens et Han (Chine) au nord et à l’est. Au fur et à mesure que les populations grandissaient, les groupes se séparaient les uns des autres, et les langues qu’ils parlaient ont commencé à diverger. La dispersion des Proto‑Taï, peut‑être dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, doit avoir été précipitée par l’expansion de la Chine impériale le long de la côte du sud de la Chine jusqu’au delta du Fleuve Rouge (Vietnam). Cette expansion chinoise a probablement coïncidé avec un mouvement de certains Taï‑Kadai vers les hautes terres du nord du Vietnam et peut‑être aussi dans l’extrême nord‑est du Laos. Au cours des premiers siècles après J.‑C., quand les Chinois et les Vietnamiens ont progressivement renforcé leur contrôle administratif et militaire, les Taï ont déménagé vers le nord‑ouest du delta du Fleuve Rouge et se sont divisés en deux grands groupes. Ceux qui sont restés au nord et au nord‑est du delta du Fleuve Rouge, tels que les peuples Zhuang du Guangxi et les Tày, les Nùng du Vietnam, ont subi l’influence culturelle et linguistique des Chinois et des Vietnamiens. Ceux qui se trouvaient dans la vallée de la Rivière Noire, à l’extrême nord du Laos et les parties voisines de la Chine ont pour certains migré vers l’ouest. Ce groupe taï est considéré comme l’ancêtre de tous les Taï du Lao, de la Thaïlande, de la Birmanie, du nord‑est de l’Inde et du sud du Yunnan (Chine)57.

  • 58 Au début du XXe siècle, le nom Thổ ne sert déjà plus à désigner les Tày. Il est utilisé pour une a (…)

27Les Tày sont majoritaires dans les minorités du nord‑est du Vietnam. Ils se reconnaissent sous le nom Cần Slửa Khao (les personnes qui portent le costume blanc). Ils utilisent ce terme pour se distinguer des Nùng (Cần Slử  Đăm – les personnes qui portent le costume noir). Les Tày sont appelés Thổ (土 – aborigène) par les Kinh et les Chinois, car ces derniers trouvent que, dans cette région, les Tày ont subi profondément l’influence des Kinh et des Chinois et qu’ils ont perdu leur spécificité qui les rattachait à la famille linguistique Taï‑Kadai. La langue des Tày comprend un très grand nombre de mots vietnamiens et chinois58.

28Bien que tous les Tày vivant à Cao Bằng soient considérés comme faisant partie de la population autochtone, leur origine est pourtant très variée. En 1921, Bế Huỳnh, dans son ouvrage intitulé Cao Bằng tạp chí, écrit à propos des Tày :

  • 59 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, fos. 23b‑24a.

« Ils ne représentent qu’une partie plus petite des peuples autochtones vivant à Trùng Khánh, Hạ Lang et Quảng Uyên. Plus de la moitié des Tày actuels sont originaires du delta et presque une moitié est originaire de Chine. Depuis les dynasties des Qin et des Han, ces derniers ont été exilés ou se sont réfugiés dans le sud où ils vivent depuis longtemps. Ils sont donc aujourd’hui considérés comme les Thổ. »59.

  • 60 Ibid., f°. 24 a.

29Selon leur origine et leur place dans la société, Bế Huỳnh divisait les Tày de Cao Bằng en quatre groupes : 1er groupe, les Thổ ti (土司) les descendants des Lê les plus méritants qui se sont fait attribuer à titre héréditaire par l’administration certaines zones dans la région ; 2e groupe, les Phụ đạo (輔導), des Tày autochtones qui se sont fait attribuer le titre honorifique de phụ đạo par la Cour ; 3e groupe, les Thổ trước (土著) les Tày aborigènes et 4e groupe, les Biến Thổ (變土), ce sont ceux qui étaient venus du delta, ils étaient fonctionnaires, enseignants, commerçants, descendants ou sujets des Mạc60.

30Actuellement, les Tày de Cao Bằng comportent un groupe local du nom de Ngạn. Le Cao Bằng tạp chí et le recensement de 1936 en avaient fait un groupe ethnique particulier. Bế Huỳnh a écrit :

  • 61 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op.cit, vol. 1, fos. 25b‑26a ; Mông Tô Tần, Cao Bằng tỉnh thủ hiến liệ (…)

« Les Ngạn sont venus de la province de Guizhou en Chine. D’après la tradition orale, à l’époque où les Mạc occupaient Cao Bằng, le gouverneur du Guizhou, qui avait du ressentiment à l’égard de la dynastie Ming, s’est entendu avec les Mạc pour que les Ngạn viennent aider les Mạc à attaquer la capitale Thăng Long [probablement 1623]. Mais cette attaque a été mise en échec par l’armée impériale des Lê. Plus de la moitié des Ngạn sont morts dans le delta du Fleuve Rouge et les survivants se sont réfugiés à Cao Bằng. Ils se sont alors appuyés sur les Mạc en devenant les sujets de l’empire du Sud. »61.

  • 62 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op.cit, vol. 1, f°. 26 a.
  • 63 Đàm Thị Uyên, Huyện Quảng Hòa (tỉnh Cao Bằng) từ khi thành lập đến giữa thế kỷ XIX, op. cit., pp.  (…)
  • 64 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, f°. 26 a ; Mông Tô Tần, Cao Bằng tỉnh thủ hiến liệt (…)

31Ce récit n’a pas pu être vérifié, mais il aide à mieux comprendre le début de l’histoire du peuplement des Ngạn à Cao Bằng. Selon le Cao Bằng tạp chí, lorsqu’ils sont arrivés à Cao Bằng, les Ngạn ont vécu dans les communes des districts de Thạch Lâm, de Thượng Lang, de Quảng Uyên et de Hà Quảng62. Ces communes forment une ceinture de protection au nord et au nord‑est de la vallée de Hòa An où se trouvait la capitale des Mạc (1592‑1677). Par ailleurs, les Ngạn forment la seule ethnie ayant des chants d’amour en rapport avec la guerre et les armes, dont les plus représentatifs sont le Phượn sặc (les combattants) et le Phượn quyền (l’art du combat)63. Ces deux chansons relatent l’immigration des Ngạn qui s’accompagna de batailles sanglantes au Guangxi et au Guangzhou et valorisent l’image de combattants héroïques. Il est tout à fait possible qu’une immigration ait suivi également l’échec des armées Ming face aux armées Qing dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. À cette époque, les Mạc s’étaient établis à Cao Bằng et au début, s’étaient soumis aux Ming, et de ce fait avaient accueilli des populations venues de Chine, parmi lesquelles il y avait des Ngạn. Ils les ont accueillis pour renforcer leur potentiel militaire face aux Lê‑Trịnh. C’est pourquoi, les Tày les appellent Sấc sấy Ngạn (賊師諺 – les ennemis Ngạn)64.

  • 65 ANOM/RST NF 1196 Recensement en 1936.

32En 1936, les Ngạn n’étaient que 1 756 personnes à Cao Bằng et représentaient environ 1 % de la population totale de cette province. Ils vivaient regroupés dans les trois districts de Trùng Khánh, de Hòa An et de Quảng Uyên65. Ils appartenaient également au groupe linguistique des Taï‑Kadai, car, ayant longtemps vécu à côté d’eux, ils ont été assimilés et sont devenus un groupe local des Tày. Ils habitent alors dans des hameaux particuliers des communes de Phi Hải, Quốc Phong, Quảng Hưng (Quảng Uyên), Nguyễn Huệ (Hoà An), et dans leur communauté, utilisent encore leur propre langue.

33Les hameaux où vivent les Tày comportent une zone réservée aux habitations ; les rizières, les terrains couverts de forêts, et les cours d’eau appartiennent à la communauté. Les hameaux des Tày sont organisés comme ceux du delta, mais ils sont plus petits pour des raisons géographiques liées aux surfaces d’exploitation des terres qui sont étroites et petites. Mais, à Hòa An, l’existence de larges et grandes vallées a entraîné la formation de villages plus peuplés que ceux des autres régions.

  • 66 Đại Nam nhất thống chí, op. cit., vol. 4, p. 473.
  • 67 A. Bonyfacy, « Notes ethnographiques sur les Thổ et les Thổ Ti dans le 3e Territoire Militaire », (…)

34La famille est la structure fondamentale de l’organisation sociale des Tày, dans laquelle, l’homme est le maître respecté par tous les membres de la famille. Il est le seul à pouvoir pratiquer le culte des ancêtres et il est également le seul à assurer un lien entre les vivants et les morts dans sa famille. Lorsque le père meurt, son pouvoir est transmis au fils aîné et tout le monde doit lui obéir, même les vieillards. Ce pouvoir se transmet de mâle en mâle. S’il n’a pas de fils, les pouvoirs du maître de la famille sont transmis soit à l’un de ses plus jeunes frères en respectant l’ordre des fils de la première épouse puis des fils de la seconde épouse, soit à un fils adoptif quelconque, soit à un gendre. Dans ces deux derniers cas, ils doivent abandonner leurs propres ancêtres en perdant leur nom de famille et doivent assurer tous les devoirs particuliers de la famille adoptive ou de celle de leur femme66. Il arrive donc souvent que les familles sans garçon choisissent pour gendre des jeunes gens pauvres, mais honnêtes et laborieux : on les appelle khươi nạp tể (le gendre à jamais). Ayant perdu leur nom de famille, ils peuvent, suivant les circonstances, le mettre après le nom de famille de leur femme et, dans ce cas, leurs enfants portent le nom de leur femme67.

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  • 68 Voir la notion muang dans le chapitre 3.
  • 69 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 47 ; A. Bonifacy, « Note (…)
  • 70 A. Bonifacy, « Notes ethnographiques sur les Thổ et les Thổ Ti dans le 3e Territoire Militaire », (…)

35Les hameaux formés de plusieurs familles patriarcales ne comprenaient auparavant qu’un ou deux lignages, dont les ancêtres avaient été les premiers à défricher les terres et fonder les hameaux. Mais plus tard, en raison des bouleversements sociopolitiques, la population a été mélangée et les hameaux ont accueilli de nombreux lignages Tày et même des lignages d’ethnies différentes. Les Tày à Cao Bằng ont pratiquement perdu leur organisation sociale traditionnelle mường (muang)68 comme les Thaï du nord‑ouest du Vietnam, et très tôt, ils ont subi l’influence de l’organisation administrative du pouvoir central. Les structures comme la commune (xã), le canton (tổng), l’arrondissement (châu) ou le district (huyện), la préfecture (phủ), la province, sont apparues à Cao Bằng au XIVe siècle au plus tard et leurs responsables portent les mêmes titres que ceux des Vietnamiens comme xã trưởng, lý trưởng (chef de village), cai tổng (chef de canton), phó tổng (adjoint au chef de canton), etc.69Les autorités sont le plus souvent choisies dans les mêmes familles, généralement thổ ti (gardien de frontière). Jusqu’au début du XXe siècle, presque toutes les charges publiques dans cette région sont remplies par des Tày70.

Les Nùng

  • 71 C. Madrolle, les T’ai de la frontière sino‑tonkinoise, Hanoï, Impr. Schneider, 1906, p. 5‑6 ; M. A (…)
  • 72 Leblond, « Esquisse historique du territoire de Cao Bang », 13 novembre 1908 ; Nguyễn Chí Huyên, H (…)

36Les Nùng partagent leur origine historique avec les Tày. Ils appartiennent à l’ensemble des Cent Yue d’autrefois et vivent dans la région méridionale de la Chine et dans la zone septentrionale du Vietnam. Si on s’intéresse à l’origine du nom de Nùng, il est probable que ce nom provient du nom du lignage Nùng, l’un des quatre lignages puissants du bassin de la rivière Zou et de celle de You. Il est possible, compte tenu de l’évolution historique antérieure, que ce nom de lignage soit devenu le nom d’une ethnie pour désigner des populations vivant sur le territoire où vivaient des dirigeants Nùng71. La ligne de démarcation administrative entre la Chine et le Vietnam a séparé l’ancien groupe Thaï en deux parties : celle qui est installée dans le territoire du Vietnam a été fortement vietnamisée en formant l’ethnie Tày ; celle restée en Chine a été sinisée en formant l’ethnie Zhuang. Le groupe des Nùng a dès lors été divisé en deux : la partie restée en Chine a gardé la dénomination Nùng en devenant un sous‑groupe des Zhuang et celle du Vietnam a été rattachée au groupe des Tày72. Les Nùng du Vietnam descendent de ces Nùng sinisés qui y ont immigré en grand nombre à partir du XVIe siècle.

  • 73 Mais, il a énuméré seulement huit châu : Xiao Zhenan, Guishun, Longzhou, Tian, Fu, Taiping, Lei Si (…)
  • 74 Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit., p. 389.
  • 75 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 77.
  • 76 Par exemple, les Nùng An proviennent de l’arrondissement d’Anjie (安結 – Guangxi), les Nùng Inh vien (…)

37Au XVIIIe siècle, Lê Quý Đôn, lors de son enquête de terrain dans la haute région du Nord, a parlé de la présence des Nùng dans les provinces de Tuyên Quang, de Lạng Sơn, de Cao Bằng et de Thái Nguyên. Il a ainsi écrit que les Nùng sont originaires de douze châu (zhou) de Chine73. C’était des cultivateurs, ils versaient l’impôt et effectuaient des corvées. Ils portaient des vêtements de couleur bleue, se coupaient les cheveux et avaient les dents blanches. Parmi eux, certains résidaient là depuis plusieurs générations et avaient adopté les coutumes des gens du Sud (les Kinh). En général, les mandarins autochtones attribuaient à certains des rizières comme « ration agraire » et les obligeaient au service militaire74. Vers la fin du XIXe siècle, le nombre de Nùng établis au nord du Vietnam était d’environ 80 000, concentrés principalement à Cao Bằng75. Dans cette province, il y avait treize groupes Nùng qui portaient généralement le nom de leur région chinoise d’origine76.

  • 77 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 76.
  • 78 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 84.
  • 79 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, Challamel, Paris, 1895, p. 40 ; Viện Dân tộc (…)

38Les Nùng vivaient très mélangés aux Tày dans toute la province, mais ils se concentraient pour l’essentiel dans les districts de Quảng Uyên, de Trùng Khánh, de Hà Quảng et de Phục Hòa (figure 1). Ils formaient en général des hameaux indépendants qui se trouvaient plus élevés et plus éloignés que ceux des hameaux des Tày, parce que, quand ils sont arrivés à Cao Bằng, les Tày étaient déjà installés sur presque toutes les terres fertiles. Ils ont reçu des Tày la concession des collines et des hautes vallées ou des cirques qui n’avaient pas encore été aménagés en rizières irriguées et que les Tày n’utilisaient pas. À côté de la culture du riz, ils se livraient aux activités artisanales comme la métallurgie, le tissage, la distillation de l’alcool, la production d’huile de cacahuètes, d’huile de colza, de sucre, de joaillerie, de papier, d’encens, etc. Aujourd’hui, il y a encore de nombreux villages artisanaux célèbres de Nùng dans les districts de Quảng Uyên et de Phục Hòa, tels que Phúc Sen pour la métallurgie, Phja Thắp pour l’encens, Lũng Ỏ et Dìa Chiên pour les papiers grossiers, Hòa Thuận pour la fabrication du sucre, Tự Do pour la fabrication des briques et des tuiles, etc. Leurs produits sont vendus dans tous les marchés de cette province. Cependant, avant le XXe siècle, la position sociopolitique des Nùng a toujours été inférieure à celle des Tày et leur chef était en général soumis aux ordres des dirigeants tày77. Très travailleurs, certains d’entre eux ont réussi à se créer une réelle aisance et à devenir des personnages influents. Ils ont acheté quelques bonnes terres aux Tày pour agrandir leur patrimoine. Lors des invasions de bandes armées venues de Chine dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Nùng étaient en général épargnés à cause de leurs affinités avec les Chinois, alors que ces bandes dépouillaient les grandes familles tày. Profitant de ces occasions, les Nùng ont soit racheté, soit occupé les terres abandonnées par des Tày. De plus, à partir de cette période, les dirigeants nùng ont participé de plus en plus à l’appareil administratif de cette province78. Cela explique peut‑être pourquoi les deux ethnies tày et nùng manifestaient une antipathie réciproque et que les relations matrimoniales entre les deux groupes étaient très rares79.

Les Yao

  • 80 Nguyễn Chí Huyên, Hoàng Hoa Toàn, Lương Văn Bảo, Nguồn gốc lịch sử tộc người , op. cit., p. 197.

39Originaires de deux provinces de Guangzhou et de Guangxi, les Yao ont immigré au Vietnam du XVe au XXe siècle. Ils n’ont pas connu de vagues d’immigration brutale à grande échelle à l’instar des Hmong. Ils ont immigré par petits groupes, d’environ 20 familles au maximum. Les routes migratoires des Yao sont très diverses, certains ont pris la voie maritime, mais la plupart des groupes sont entrés par la voie terrestre. C’est pourquoi ils constituent de nombreux petits groupes qui vivent relativement dispersés et mêlés aux autres ethnies80.

  • 81 Bế Viết Đẳng (ed.), Người Dao ở Việt Nam [Les Yao au Vietnam], Ed. Khoa học xã hội, Hanoi, 1971, p (…)
  • 82 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 107 ; ANOM RST NF 1196.
  • 83 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 110.

40Selon les recherches de l’anthropologue Bế Viết Đẳng, les premiers Yao sont arrivés à Cao Bằng en 145281. Il est possible que leur installation en grand nombre à Cao Bằng soit en lien avec l’établissement des Mạc dans cette province, avec une forte implantation de Yao au sud de Cao Bằng et au nord de la province de Bắc Kạn82. Les Yao étaient connus comme des guerriers et d’excellents chasseurs, qui pouvaient fabriquer leurs propres fusils, leur poudre et toutes sortes d’autres armes83. Il est tout à fait possible que, pour cette raison, les Mạc aient accueilli les Yao afin de constituer une force de protection au sud de leur royaume et ainsi pouvoir faire face directement aux attaques des Lê‑Trịnh à partir du delta du Fleuve Rouge.

  • 84 ANOM/ RST NF 1196.
  • 85 « Man » (蠻) est une appellation des Chinois et des Kinh pour désigner les ethnies au sud de la Chi (…)
  • 86 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, op. cit., p. 45 ; E. Diguet, les Montagnards (…)
  • 87 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 108.

41Parmi les sept groupes Yao du Vietnam, Cao Bằng n’accueille que deux groupes : les Yao rouges et les Yao aux sapèques. L’effectif de leur population arrive en troisième position, derrière les ethnies tày et nùng. En 1936, les Yao étaient 11 785 et représentaient 6,86 % de la population de la province84. Ils vivaient en majorité dans le district de Nguyên Bình (presque la moitié des Yao de cette province), puis à Bảo Lạc. La plus grande concentration de Yao aux sapèques, désignés aussi comme Mán Tiểu Bản, Mán Sơn Đầu85, se situait dans le district de Nguyên Bình (Cao Bằng) et les deux districts de Ngân Sơn et de Ba Bể (Bắc Kạn)86. Les Yao rouges, désignés par bien d’autres appellations comme Mán Cóc, Mán Sừng, Mán Đại Bản, vivaient dans les districts de Bảo Lạc, de Hà Quảng, de Nguyên Bình et de Thạch An. En général, les Yao rouges et les Yao aux sapèques ne vivaient pas dans les mêmes villages, mais il arrivait qu’ils aient à obéir à un même chef. Par contre, à Nguyên Bình, on pouvait trouver des villages où les deux groupes étaient mélangés87.

  • 88 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 107.
  • 89 Ibid.
  • 90 Selon Chu Triều Đương (né en 1958), Lý Tiền Đình (né en 1920) et Lý Phú Sang (né en 1955), vivant (…)

42Les Yao ont fondé des villages dans des régions incultes, en général situées entre 600 et 1 000 mètres, où ils défrichaient pour cultiver le riz de montagne, le maïs et d’autres plantes alimentaires88. Néanmoins, on pouvait rencontrer à Cao Bằng des villages dans les hautes vallées à une altitude inférieure d’environ 300 mètres, où les Yao ont pu aménager des rizières irriguées dans tous les espaces disponibles, sans porter ombrage ni préjudice à leurs voisins89. À Nguyên Bình, j’ai rencontré de nombreux hameaux Yao qui conservent encore les toponymes tày. Un exemple caractéristique est le hameau de Hoài Khau (Quang Thành). Le nom du hameau signifie, en langage tày, une vallée encerclée par des montagnes et cela correspond tout à fait à son paysage. Ses habitants sont des Yao aux sapèques, appartenant à deux lignages de Lý et de Chu, mais tous les toponymes utilisés sont en tày. Selon des gens que j’ai rencontrés, ce hameau était autrefois un hameau appartenant à des Tày, mais en raison d’une maladie épidémique, la population s’était effondrée et il ne restait plus qu’une famille. Deux familles de Lý et de Chu, en route pour immigrer, ont racheté les terres à la dernière famille Tày pour former un hameau Yao toujours existant tout en gardant les toponymes Tày90. Cette appropriation toponymique atteste de la possibilité d’une cohabitation entre ces deux groupes avant le départ des Tày.

  • 91 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, op. cit., p. 46.
  • 92 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 108 ; M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin…, op. (…)
  • 93 A. Bonifacy, ” Travail ethnique du commandant Bonifacy sur les races peuplant le 3e TM”, 1903, EFE (…)
  • 94 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, op. cit., p. 42, 46‑47.
  • 95 Ambroise Massy, Quatorze mois chez les Thos et les Mans‑Tiens, Impr. Burdin, Angers, 1888 ; P. Fam (…)

43La base sociale et politique des Yao était le village qui était structuré en fonction de la famille patriarcale. Le chef de village était élu par les chefs de famille et touchait 10 % de tous les produits du village91. Pour l’ensemble des activités du village, il était assisté d’un conseil composé de certains chefs de familles notables. Lorsqu’ils formaient un petit groupe, vivant avec d’autres ethnies, le chef yao était soumis aux ordres du chef du groupe ethnique qui était le plus nombreux, en général, c’était un Tày (comme à Hà Quảng et à Thạch An) ou un Hmong (comme à Bảo Lạc)92. Dans les endroits où les Yao formaient le groupe le plus important, les chefs de village étaient placés sous l’autorité d’un Mán Mục (chef des Yao, également appelé Quản Chiểu), qui était directement sous les ordres du chef de district (tri châu), responsable de l’ensemble des Yao du district93. Le Mán Mục n’intervenait du reste que dans les questions d’ordre général qui intéressaient plusieurs villages. Il ne s’interposait jamais dans l’administration de chacun des villages où le chef avait les pleins pouvoirs. Le pouvoir des chefs se transmettait en général de père en fils, et plusieurs d’entre eux jouissaient d’une autorité très étendue et d’une grande considération. Avant le XXe siècle, les Yao ont vécu de manière presque indépendante. Ils étaient seulement soumis à l’impôt de capitation, n’ont jamais payé d’impôt foncier et étaient exempts de corvées. À la place, ils devaient fournir chaque année, une quantité déterminée de bois pour restaurer ou construire des ponts, des bâtiments publics et des résidences pour les mandarins94. D’ailleurs, leur semi‑nomadisme créait des difficultés à l’autorité centrale pour les prélèvements fiscaux et le contrôle des inscrits. C’est pourquoi l’administration des Yao était, en réalité, assurée par leur chef. Selon l’observation de P. Famin, un des membres de la commission d’abornement de la frontière de Lạng Sơn et Cao Bằng à la fin du XIXe siècle, les autorités françaises ont eu beaucoup de difficultés à entrer en relation avec les chefs yao : soit par défiance naturelle, soit pour obéir à un mot d’ordre, les Yao cachaient avec soin les renseignements relatifs à leurs dirigeants. Avant les années 1890, les Français n’étaient absolument pas en mesure de connaître les chefs titulaires95. Ils eurent connaissance plus tard qu’à Nguyên Bình plusieurs villages Yao s’étaient rassemblés sous l’autorité d’un seul chef (appelé mán mục). Grâce aux documents trouvés à Hoài Khau, nous savons que les chefs yao pendant la période de 1903 à 1944 étaient Chu Thành Tài – Chu Du Hiến – Chu Văn Tú qui appartenaient à la famille des Chu. Cela montre bien que le pouvoir du chef Yao a été transmis de génération en génération.

Cliché 7 – Chu Du Hiến en 1937 et l’un de ses brevets

Source : EFEO Paris – VIE04708‑1 – Collection privée

Les Hmong

  • 96 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 149 ; Nguyễn Chí Huyên, Hoàng Hoa Toàn, Lương V (…)
  • 97 Nguyễn Chí Huyên, Hoàng Hoa Toàn, Lương Văn Bảo, Nguồn gốc lịch sử tộc người …., op. cit., pp. 171 (…)
  • 98 Ibid., pp. 179‑182.
  • 99 Ibid., p. 177 ; S. Donald, « Ethnic Revolt in the Qing Empire: The “Miao Uprising” of 1795‑1797 Re (…)
  • 100 H. Girard, les Tribus sauvages du Haut‑Tonkin : Mans et Méos : notes anthropométriques et ethnogra (…)
  • 101 Dans une chanson populaire, les Hmong à Hà Giang l’ont exprimé par ces mots « Cá ở dưới nước – Chi (…)
  • 102 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 150 ; H. Girard, les Tribus sauvages…, op. cit.(…)

44Comme les Yao, les Hmong vivaient dans des régions montagneuses au nord du fleuve Bleu, mais par la suite, ils ont été poussés progressivement vers le Sud en raison justement de l’invasion des Han, la principale ethnie présente en Chine. Sous la dynastie des Tang (618‑907) et des Song (960‑1279), une grande partie des Hmong s’est installée dans les provinces du Sichuan, du Guizhou et du Yunnan96. Pendant les siècles suivants, ils ont régulièrement émigré vers le Sud en raison de nombreux soulèvements et de combats sanglants pour s’opposer à la colonisation chinoise, surtout sous les Qing (1644‑1912)97. À partir des régions du Guizhou, du Yunnan et du Guangxi, les Hmong ont émigré au Vietnam par vagues successives d’importance variable, peut‑être en trois grandes vagues, liées à l’échec des insurrections contre les Qing. La première vague migratoire, qui a eu lieu il y a environ 300 ans, est liée à l’échec de l’insurrection de Wu Sangui (吳三桂) au Yunnan dans les années 1680. La seconde vague est liée au soulèvement des Hmong dans la partie sud‑ouest du Hunan et la partie orientale de Guizhou au XVIIIe et au début du XIXe siècle pour contrer la politique de la Cour chinoise. En effet les Qing, ont d’une part, mis en place une politique dite de Gaitu guiliu (改土歸流) pour éliminer le pouvoir des chefs minoritaires, et d’autre part, ont créé des conditions favorables aux grands propriétaires Han afin d’annexer les terres des Hmong, ou bien les ont directement expropriés pour fonder les colonies militaires98. C’est pourquoi, les Hmong n’ont pas cessé de se révolter. Les insurrections les plus importantes se sont produites dans les années 1735‑1736 et 1795‑180699. L’échec de ces soulèvements les a obligés à trouver de nouvelles terres à cultiver pour échapper au massacre par les Qing. Ils ont donc émigré au Vietnam en formant de grands groupes dans les régions de Đồng Văn, de Mèo Vạc (Hà Giang)100, en considérant ces dernières comme leur pays natal101. La troisième vague d’émigration au Vietnam a eu lieu après l’échec d’un soulèvement au Guizhou (1854‑1873). Comme de nombreux groupes ethniques qui ont participé à l’insurrection des Taiping et à la révolte musulmane au sud de la Chine, les Hmong ont aussi émigré en masse au Vietnam. Parmi eux, certains ont formé des bandes armées, notamment les Pavillons Blancs, qui se sont implantés le long de la frontière, de Hà Giang jusqu’à Lào Cai102.

  • 103 ANOM, RST NF/1196.
  • 104 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, f°. 30 b ; A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin, (…)
  • 105 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, f°. 26 b ; A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin.. (…)

45À Cao Bằng, le nombre de Hmong n’était pas très élevé. En 1936, ils n’étaient que 2 000, représentant 1 % de la population de la province et étaient plus nombreux à Bảo Lạc et à Nguyên Bình103. Selon Bế Huỳnh, il y avait deux groupes dans cette province : les Hmong noirs et les Hmong blancs. Les Hmong noirs vivaient dans quatre communes proches de la frontière orientale de cette province104. Les Hmong blancs beaucoup plus nombreux vivaient pour l’essentiel dans les massifs les plus élevés, en général au‑dessus de 1 000 mètres, tout particulièrement dans la zone de la frontière septentrionale de la province105.

  • 106 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 137 ; M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin…, op. (…)
  • 107 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 162‑163.
  • 108 H. Girard, les Tribus sauvages du Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 71.

46Vivant sur les sommets élevés des massifs montagneux, les Hmong ne formaient pas de grands hameaux. Chaque hameau comportait seulement trois ou quatre familles, dépendant parfois du même lignage. Les Hmong étaient des semi‑nomades, pratiquant parfois la culture du riz en terrasse, mais faisant surtout de la culture de maïs sur brûlis et du pavot à opium. Leur hameau était administré par le plus ancien ou celui réputé le plus sage. Dans les endroits où les Hmong étaient très nombreux et formaient des groupes très importants comme dans la région de Đồng Văn et de Mèo Vạc (Hà Giang) à l’époque coloniale française, un Thống Cha jouait un rôle correspondant à celui de chef de commune chez les Tày et les Kinh. Mais il était soumis à l’autorité directe du chef de district (tri châu) ou du commandant de secteur. Ces groupes étaient divisés en quartiers placés sous la direction de Binh đầu, assistés parfois par un Seo phài (Mã Phài). Ces derniers avaient généralement autorité sur les groupes de hameaux ou de villages établis dans la même vallée ou sur le même versant d’une chaîne de montagnes106. Dans les zones où les Hmong n’étaient pas nombreux, ils vivaient au milieu d’autres ethnies comme par exemple à Cao Bằng où il y avait seulement un seo phài ou un binh đầu, qui avait été placé à contrecœur sous l’autorité directe d’un chef tày107. En effet, les Hmong étaient trop indépendants de caractère pour accepter le principe d’une autorité quelconque. Donc, si l’autorité supérieure leur imposait un chef qu’ils n’avaient pas choisi ils se révoltaient immédiatement108. Ces chefs Hmong formaient une hiérarchie qui assurait successivement la direction des divers groupements, car en général, leur pouvoir était héréditaire.

  • 109 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., p. 832 ; Phan Huy Chú, Lịch triều hiến chương loại chí [Règleme (…)
  • 110 Jiaozhi (交趾 – en vietnamien Giao Chỉ) était le nom pour le Vietnam de l’ère des rois Hùng au milie (…)
  • 111 La dynastie des Lý (1010‑1225) fut l’une des grandes dynasties vietnamiennes. Après son intronisat (…)

47Cao Bằng est l’un des passages vers la Chine. Elle est appelée par les historiens impériaux du Vietnam la quatrième barrière frontalière très importante du Nord109. D’après Goukui (郭逵) (1022‑1088), général chinois de la dynastie des Song, Cao Bằng est « la gorge » du Jiaozhi110 ; il s’agit d’une route qui permet à l’armée du Guangxi de pénétrer au Vietnam. Zhaoxie (趙禼) (1026‑1090), autre général chinois, a souligné qu’à partir de là, en suivant un raccourci, après avoir franchi les uns après les autres douze relais impériaux, il est possible de parvenir très rapidement à Thăng Long (Hanoi) et d’attaquer par surprise les autorités impériales des Lý (1009‑0944605190. Mais, en réalité, cette route est très accidentée et les armées qui l’empruntent peuvent très facilement tomber dans une embuscade.

  • 112 Par exemple : «Cao Bằng gạo trắng nước trong ; Ai lên trên đó không mong ngày về » (Cao Bằng a du (…)
  • 113 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., p. 832.
  • 114 Đại Nam nhất thống chí, op. cit., vol. 4, pp. 498‑499 ; Ngô Đức Thọ, Nguyễn Văn Nguyên, Philippe P (…)
  • 115 Voir note n°1.

48Du point de vue de la géographie physique, Cao Bằng comporte des montagnes calcaires plus ou moins élevées et accidentées, coupées par de nombreuses vallées, dont la plus large est la vallée de Hòa An qui est arrosée par les rivières Bằng et Hiến. Cette vallée est considérée comme la région du riz blanc et de l’eau pure112. Elle est devenue un siège idéal pour les armées en raison de son relief accidenté avec des massifs élevés qui l’enferment et forment une muraille naturelle, en assurant avec ses ressources leur approvisionnement alimentaire. Par ailleurs, les communications sont possibles avec la Chine. Elle a non seulement une position stratégique, mais c’est aussi une région riche en ressources naturelles forestières et minérales113. On peut trouver ici de nombreux minéraux exploitables dans les mines d’or, d’argent, ainsi que de nombreux produits de la forêt comme le musc, l’amome, l’igname des teinturiers, le phyllostachys, mais aussi des élevages de chevaux114. C’est pourquoi, après avoir été chassés de la capitale Thăng Long en 1592, les Mạc décidèrent de choisir cette région comme siège de leur nouveau pouvoir, lequel dura pendant plus de 80 ans115.

  • 116 Châu (arrondissement en français) est une division administrative qui correspond à un district à l (…)
  • 117 Song Shi, 1345, biographie (列传) n°. 93, vol.  3, Zhonghua shu ju, Beijing, 1977, p. 4075.
  • 118 Emmanuel Poisson, Mandarins et subalternes au nord du Viêt Nam: une bureaucratie à l’épreuve (1820 (…)
  • 119 Nguyễn Trãi (阮廌) (1380‑1442), pseudonyme Ức Trai (抑齋), était un illustre lettré confucéen vietnami (…)
  • 120 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., p. 832.

49Pourtant, Cao Bằng est toujours représentée dans les ouvrages géo‑historiques du Vietnam et de Chine comme une région sauvage, au climat difficile et délétère pour la santé. Selon les Chinois de l’époque Song, le châu116 de Quảng Nguyên (Cao Bằng) comporte un grand nombre de végétaux toxiques et de miasmes, c’est pourquoi, 70 à 80 % des soldats chinois y succombaient117. Lam chướng (嵐瘴- Lanzhang) est un terme général utilisé dans les sources historiques de la Chine, au moins depuis les VIeVIIe siècles, pour désigner le caractère délétère des zones montagneuses du Sud de la Chine. Ce terme désigne aussi une sorte de maladie, surtout la malaria, perçue alors comme liée à l’environnement climatique et topographique, aux forêts luxuriantes et aux parfums forts. En réalité, c’est une métaphore du « sauvage » non domestiqué, mystérieux et effrayant. Ce terme a été assimilé par les lettrés confucéens du Vietnam et a été utilisé très fréquemment dans les sources du XVe jusqu’au début du XXe siècle118. En 1435, dans son Dư địa chí (Traité de géographie), Nguyễn Trãi119 a dressé une liste de vingt‑neuf circonscriptions insalubres, pour l’essentiel des districts appartenant aux provinces montagneuses du nord du Vietnam. Tous les districts appartenant à l’actuelle province de Cao Bằng figurent dans cette liste120. Selon lui :

  • 121 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., pp. 781‑782.

Tuyên Quang, Hưng Hóa, Lạng Sơn, Thái Nguyên et Cao Bằng sont des départements montagneux au relief accidenté, comportant des serpents, des scolopendres et des fantômes qui sont des diables pour l’homme, l’insalubrité de l’eau et de la terre est à l’origine de nombreuses maladies pour l’homme121.

  • 122 Viện Dân tộc học, Các dân tộc Tày – Nùng ở Việt Nam, op. cit, p. 241.
  • 123 A. Bonifacy, Travail ethnique du Commandant Bonifacy sur les races peuplant le 3e Territoire Milit (…)

50À côté des dangers qui proviennent de la forêt, des végétaux, des sources d’eau, de la terre et du climat, s’ajoute une menace qui vient des indigènes. Cette menace a été résumée sous le terme de fantôme (ma qủy – 魔鬼). Ce terme peut être compris comme les sortilèges liés à la magie noire réalisée par les chamanes. Dans l’imaginaire populaire de la communauté tày‑nùng, les chamanes (appellés mo, then, pụt, tào) utilisent, soit toutes sortes de poison, soit des charmes pour demander aux forces supérieures d’être bénéfiques ou de porter préjudices, en infligeant immédiatement la maladie ou la mort à d’autres122. De plus, les Tày croient également que les Yao et les Hmong ont le pouvoir de les envoûter s’ils les lèsent d’une façon quelconque et, à cause de cela, ils les craignent et n’osent pas trop les molester. Les Kinh du delta éprouvent envers les Tày et les autres ethnies de la montagne des craintes similaires. Très souvent lorsqu’ils souffrent des fièvres dans la haute région, ils accusent les montagnards, y compris les Tày, de leur avoir envoyé la maladie et sont persuadés que beaucoup d’entre eux sont victimes du ma gà, une sorte de fantôme chez les Tày123. De telles rumeurs constituent une source d’inquiétude et une sorte d’obstacle à l’immigration des personnes étrangères. La magie noire dans cette région était très répandue dans de nombreux endroits, au moins dans le milieu des lettrés. Ainsi Nguyễn Thư Hiên, un lettré de la dynastie des Lê, a conclu :

  • 124 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., p. 795.

La puissance de Thanh Hóa, les esprits de Nghệ An, les eaux de Hưng Hóa et de Thái Nguyên, la magie noire de Cao Bằng et de Lạng Sơn, tous peuvent inspirer la peur (清之勢, 乂之神, 興太之水, 高諒之魔, 甚爲可畏)124.

  • 125 Andrien Launay, Histoire de la mission du Tonkin ‑ Documents historiques, 1658‑1717, Librarie Orie (…)
  • 126 Albert Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin, op. cit.,p. 135.

51Le sentiment de « peur » qui, après avoir débuté dans le milieu des lettrés, a peu à peu pénétré la population de la plaine. Même à partir du XVIIe siècle, les missionnaires occidentaux l’ont perçu chez les catholiques qui ont participé au combat dans la province de Cao Bằng. François Pallu (1626‑1684), par exemple, missionnaire des Missions Étrangères de Paris, a noté en 1667 que le seigneur Trịnh a amené son armée dans la région pour combattre les Mạc, mais que pendant toute sa campagne qui a duré cinq mois, il a perdu au moins 10 000 soldats à cause des eaux empoisonnées125. Ce chiffre est le résultat de nombreuses causes très différentes, y compris les morts pendant la guerre, mais la majeure partie de ces décès a été attribuée au sol marécageux et à l’insalubrité du climat. Cela montre que les eaux toxiques sont considérées chez les Kinh comme une caractéristique des régions montagneuses en général et de la province de Cao Bằng en particulier. Pour eux, le paludisme provient de l’eau empoisonnée, ils disent toujours ngã nước (tombé de l’eau) pour indiquer quelqu’un tombé malade de cette maladie, ou nước xấu (nước độc) pour signaler un lieu malsain126. Ainsi, Frédéric Malaret, commis des Douanes de France, détaché en mission en Indochine en 1892, a constaté que :

  • 127 Frédéric Malaret, le Commerce du Tonkin avec la province Chinoise du Quang‑si, Impr. Barlatier et B (…)

Les Annamites redoutent fort les régions montagneuses et boisées du Haut‑Tonquin. Ils ont surtout pour les eaux des sources de ces régions une profonde aversion et leur attribuent à tort ou à raison la cause de la plupart de leurs maladies127.

  • 128 Frédéric Malaret, Observations, études et souvenirs : Le commerce du Tonquin avec la province chin (…)
  • 129 Nguyễn Lân, Từ điển thành ngữ và tục ngữ Việt Nam [Dictionnaire des expressions et des proverbes v (…)

52Les Kinh craignant le climat de la montagne qu’ils mettaient en relation avec la malaria, avaient peur de s’établir dans les provinces frontalières du nord au Vietnam128. Ils utilisent toujours le proverbe « rừng thiêng nước độc » (la forêt sacrée, l’eau malsaine) pour parler des régions montagneuses129. Cao Bằng était‑elle véritablement une zone insalubre, sujette aux miasmes, avec des risques de contagion, ou était‑ce simplement un effet de l’imagination excessive de la population ? Cette représentation s’est en tout cas propagée de plus en plus largement dans le delta à travers certaines histoires plus ou moins vraies concernant une région éloignée où il était difficile de mettre les pieds jusqu’à la mise en place d’un réseau de communication.

  • 130 H. Girard, Le Haut‑Tonkin : essai de la climatologie médicale, Paris, E. Augustin Challamel, 1903, (…)

53L’insalubrité de la province de Cao Bằng n’est pas aussi importante qu’ont bien voulu le décrire les nombreuses sources impériales antérieures au XXe siècle. Pour la question des eaux, l’une des peurs des Kinh, les recherches scientifiques des Français au début du XXe siècle ont confirmé que : « D’une façon générale on peut dire que quelle qu’en soit la provenance, rivières, sources, pluies, les eaux au Tonkin, ne sont ni mauvaises ni malsaines »130. Les maladies contagieuses, comme la grippe, le choléra, etc… n’étaient pas présentes seulement dans cette province. Elles existaient aussi dans bien d’autres régions, y compris dans le delta du Fleuve Rouge, même la malaria, une maladie infectieuse due à un parasite du genre Plasmodium, propagée par la piqûre de certaines espèces de moustiques anophèles, n’avait rien à voir avec l’insalubrité du climat. Selon La carte du paludisme en Indochine en 1907 (carte 4), Cao Bằng n’était pas la région la plus infestée par la malaria, mais, pour y aller, les Kinh et les mandarins de la Cour devaient traverser la zone la plus infestée, dans la moyenne région. Peut‑être que pour eux, tout l’arrière‑pays montagneux était considéré comme une zone particulièrement insalubre.

Carte 4 – Malaria en Indochine, 1907

Source : Carte du Paludisme en Indochine, 1907, par Simond, Henry G.‑S. Morin, Entretiens sur le paludisme et sa prévention en Indochine, Impr. d’Extrême‑Orient, Hanoi, 1935, Cité in Andrew Hardy, Red Hills‑Migrants and the State in the Highlands of Vietnam, NIAS Press et ISEAS, 2005, p. 10

  • 131 Nguyễn Thế Anh, Kinh tế và xã hội Việt Nam dưới các vua triều Nguyễn [l’Économie et la société du (…)
  • 132 Đại Nam thực lục, op. cit., vol.  4, p. 906; LI Tana, « Dân số miền Bắc Việt Nam từ thế kỷ 16 đến (…)
  • 133 P. Ory, la Commune annamite au Tonkin, [s. l.], A. Challamel, 1894, p. 31.
  • 134 Nguyễn Thế Anh, Kinh tế và xã hội Việt Nam dưới các vua triều Nguyễn, op. cit., p. 24.

54L’analyse démographique devrait permettre d’établir si Cao Bằng était une région particulièrement insalubre. Toutefois, étudier la démographie au Vietnam dans le passé est un travail très difficile, car les sources manquent et sont souvent peu fiables. Les premières sources sur la démographie du Vietnam sont les rôles d’imposition à l’époque impériale. La monarchie vietnamienne, comme la plupart des pays en Asie du sud‑est, ne prenait en compte que les contribuables, c’est‑à‑dire les hommes inscrits (de 18 ans à 59 ans). Les registres des contribuables étaient établis par les autorités villageoises, mais dans la réalité, la dissimulation fiscale était extrêmement répandue. Partant de ce constat, l’historien Nguyễn Thế Anh a proposé de remonter le nombre d’inscrits déclaré pour chaque village de deux cinquièmes pour pouvoir approcher la réalité131. Pour évaluer le chiffre de la population totale, de nombreux historiens ont proposé d’appliquer un coefficient de correction, mais la détermination de ce coefficient est très difficile. En se basant sur le rapport de Nguyễn Công Trứ (1778‑1858), gouverneur de Hải Yên au début du XIXe siècle, de nombreux chercheurs ont proposé un coefficient de cinq132. Paul Ory, en 1893, lorsqu’il a fait ses recherches sur les villages du Tonkin, a affirmé : « Certaines communes, en effet, comptent un contribuable pour vingt‑cinq habitants, d’autres, au contraire, en comptent un pour quinze habitants »133. Nguyễn Thế Anh n’a pas voulu fixer un cadre trop rigide, valable pour chaque province, et pour chaque période, en proposant un coefficient variant de trois à huit134. Une analyse démographique fondée sur ces données est presque impossible, notamment pour les régions montagneuses isolées, loin du pouvoir central où les habitants appartiennent à des ethnies minoritaires, des peuples d’essarteurs vivant en forêt et souvent réfractaires au contrôle étatique. De plus, il est regrettable que les données sur la superficie de ces provinces ne soient pas disponibles pour calculer les densités de population. Il est ainsi impossible de savoir si Cao Bằng était peuplée par rapport aux autres régions montagneuses. Aussi faut‑il prendre la figure suivante avec précaution (figure 1).

Figure 1 – Le nombre des contribuables des provinces montagneuses du nord au XIXe siècle

Source : Đại nam thực lục, op. cit., vol. 6, p. 1005 ; Đại Nam nhất thống chí, op. cit., vol. 4 ; Đồng Khánh địa dư chí, op. cit.,vol. 1

  • 135 P. Gubry, Population et développement au Viêt‑nam, Paris, Karthala, 2000, p. 49.
  • 136 P. Gourou, les Paysans du Delta tonkinois : étude de géographie humaine, Les éditions d’Art et d’H (…)

55Les lacunes dans les sources impériales peuvent être complétées par les recensements conduits par les Français à l’époque de la colonisation. Le premier recensement a été effectué dans l’ensemble du pays en 1921, mais les estimations s’appuient encore sur les déclarations des villages : les estimations effectuées dans les années 1920‑1930 présentent une marge d’erreur pouvant atteindre 10 % au sud, 20 % au nord et jusqu’à 50 % dans les provinces du centre135. Le deuxième recensement a été fait en 1931. Même si ses données sont encore peu fiables, selon l’évaluation de Pierre Gourou (1900‑1999), il « fournit les meilleurs chiffres que l’on ait »136. Les recensements de la population en 1921, malgré leurs lacunes, permettent d’approcher la réalité démographique du Vietnam de cette époque. Selon les données disponibles, Cao Bằng, dans les années 1930, était l’une des vingt‑neuf provinces et villes du nord du Vietnam, elle occupait environ 5,8 % de la superficie du Nord, mais ne représentait que 2 % de la population. La densité de population était approximativement de 26 habitants par km2 (la densité moyenne du Nord était de 75 habitants par km2). Pourtant, par rapport aux autres provinces montagneuses du Nord, elle est des plus peuplées (tableau 1).

Tableau 1 – La population des provinces montagneuses du Nord du Vietnam (les années 1920‑1930)

Provinces Superficie Année 1921 Superficie Année 1931 Année 1936
Population Densité Population Densité Population Densité
1000 km2 Milliers Hab/km2 1000 km2 Milliers Hab/km2 Milliers Hab/km2
Cao Bằng 4,7 124 26 6,7 165 25 171 26
Lạng Sơn 6,2 99 16 6,2 130 21 150 24
Bắc Cạn 5,1 36 7 5,1 53 10 54 11
Quảng Yên 3,5 73 21 3,4 100 29 147 43
Thái Nguyên 3,5 70 20 3,5 83 24 100 29
Hà Giang 10,3 69 7 8,3 60 7 78 9
Tuyên Quang 5,8 40 7 5,9 51 9 65 11
Yên Bái 7,5 59 8 7,4 76 10 87 12
Sơn La 11 86 8 10,9 96 9 103 9
Hải Ninh 3,3 65 19 3,3 81 24 92 28
Hòa Bình 4,7 49 10 4,6 52 11 54 12
Lai Châu 19,8 53 3 20,1 65 3 67 3
Lào Cai 5,9 36 6 5,9 51 9 58 10
….. ….. …. …. …. ….
Total du Nord 115,8 6854 59 115,7 8096 70 8700 75

Source : Annuaire statistique de l’Indochine, op. cit., vol. 1, p. 32 ; vol. 3, p. 54 ; vol. 4, p. 24

Figure 2 – Répartition de la population par ethnie et par territoire à Cao Bằng en 1936 (calculé par personne).

Source : ANOM/RST NF 1196

56La population est inégalement répartie entre les différents districts de Cao Bằng. En 1936, par rapport à la population et à la surface de Cao Bằng, la partie occidentale (Bảo Lạc) ne représentait que 7,1 % de la population alors qu’elle occupait 27,2 % de sa surface, sa densité de population atteignait seulement sept personnes par km². Inversement, la présence de nombreuses vallées larges dans la partie orientale, surtout les rizières fertiles du centre de Hòa An, est devenue un facteur décisif pour attirer les populations : cette région a concentré 92,9 % de la population et atteint une densité de 35 personnes par km2. On voit aussi que la superficie du chef‑lieu de Cao Bằng est de 44 km2, sa population représente 5,2 % des effectifs, avec une densité de 203 personnes par km2, soit plus de sept fois la moyenne de l’ensemble de la province.

  • 137 Annuaire statistique de l’Indochine recueil de statistiques relatives aux années 1913 à 1922, op.  (…)
  • 138 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, op. cit., p. 50 ; Paul Marabail, la Haute rég (…)
  • 139 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, fo. 23 b.

57Les analyses démographiques tendent à montrer que Cao Bằng n’est pas un lieu barbare, effrayant. Elle était l’une des provinces les plus peuplées dans la haute région du nord du Vietnam. Sa population était composée de diverses ethnies, chacune parlant sa propre langue, possédant ses mœurs et coutumes, mais les Tày sont majoritaires. Les Kinh des deltas ont immigré de plus en plus dans cette région en tant que fonctionnaires, administrateurs, personnes attachées à la suite des mandarins, militaires, commerçants, ouvriers, etc. En 1921, ils ne représentaient que 0,64 % de la population (soit 888 sur 124 060 habitants)137, mais en 1936, ce chiffre s’élevait à 5,5 %. Les Kinh formaient à Cao Bằng un groupe fluctuant. Ne parvenant pas à s’habituer à la montagne ou refusant d’abandonner leur village d’origine, après deux ou trois ans ou après avoir terminé leur temps de service, ils revenaient dans le delta138. Bế Huỳnh les a ainsi classés dans la catégorie des étrangers au début du XXe siècle139.

Notes

1 Les données sont disponibles sur le site du département des statistiques du Vietnam : http://www.gso.gov.vn/default.aspx?tabid=387&idmid=3&ItemID=14632 (consulté le 2 juillet 2014).

2 R. Bourret, Études géologiques sur le nord‑est du Tonkin, Impr. d’Extrême‑Orient, Hanoï– Hai Phong,1922, p. 24 ; P. Gourou, le Tonkin, Impr. Mâcon Protat frères, Paris, 1931, p. 221‑222.

3 R. Bourret, Études géologiques sur le nord‑est du Tonkin, op. cit., p. 54 ; P. Gourou, le Tonkin, op. cit., p. 223 ; Lê Bá Thảo, Thiên nhiên Việt Nam [le Milieu naturel du Vietnam], Saigon, Ed. Giáo dục, 2006, p. 57.

4 P. Gourou, le Tonkin, op. cit., p. 223.

5 Service de la statistique générale Indochine, Annuaire statistique de l’Indochine, recueil de statistiques relatives aux années 1913 à 1922, vol. 1, Impr. d’Extrême‑Orient, Hanoi, 1927, p. 110.

6 R. Bourret, Études géologiques sur le nord‑est du Tonkin, op. cit., pp. 31‑32.

7 Notices sommaires sur les territoires militaires, Impr. Schneider, Hanoi, 1900, p. 40 ; A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin : région de Cao  Bang, L. Danel, Lille, 1894, p. 55.

8  Inspection générale de l’Agriculture, de l’Élevage et des Forêts, la Protection et l’amélioration du bétail en Indochine, IDEO, Hanoï, 1931, pp. 19‑23 ; Notice sur le 2e Territoire Militaire et la région de Cao‑bang, Impr. Lê – Văn, Hanoï, 1932, p. 25.

9 Tỉnh ủy – UBND tỉnh Cao Bằng, Địa chí Cao Bằng [Monographie de Cao Bằng], Ed. Chính trị Quốc gia, Hanoi, 2000, p. 76 ; R. Bourret, Étude géologique sur le nord‑est du Tonkin, op. cit., p. 275‑281.

10 Notices sommaires sur les territoires militaires, op. cit., p. 41 ; R. Bourret, Études géologiques sur le nord‑est du Tonkin, op. cit., p. 144.

11 Édouard Diguet , les Montagnards du Tonkin, A. Challamel, Paris, 1908, p. 3 ; Notices sommaires sur les territoires militaires, op. cit., p. 41.

12 Bá Thảo, Thiên nhiên Việt Nam, op. cit., p. 40.

13 Địa chí tỉnh Cao Bằng,op. cit., p. 54 ; Hoàng Tuấn Nam, Non nước Cao Bằng [le Pays de Cao Bằng], Hội Văn nghệ dân gian Việt Nam – Trung tâm Văn hóa Đông Tây, Hanoi, 2000, p. 48.

14  Bá Thảo, Thiên nhiên Việt Nam, op. cit., p. 39.

15 Đại Nam nhất thống chí [Encyclopédie du Đại Nam], Ed. Thuận Hóa, Huế, 2006, vol. 4, pp. 386, 498 ; A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin – région de Cao‑Bang, op. cit., pp. 58‑60. Les noms latins des plantes et des animaux sont pris dans Đỗ Tất Lợi, Những cây thuốc và vị thuốc Việt Nam [les Plantes médicinales et les médicaments du Vietnam], Éd. Khoa học và Kỹ thuật, Hanoï, 1981; Văn Chi, Khả Kế, Cây cỏ thường thấy ở Việt Nam [les Plantes du quotidien au Vietnam], vols. 1‑2, Ed.Khoa học và Kỹ thuật, Hanoï, 1971.

16 Elle est utilisée pour soigner les ulcères cutanés comme la lèpre, la gale et le rhumatisme, toutefois la toxicité de cette plante étant très élevée, elle doit être utilisée avec précaution. A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 60 ; Đỗ Tất Lợi, Những cây thuốc và vị thuốc Việt Nam, op. cit., pp. 531‑532 ; Võ Văn Chi, Khả Kế, Cây cỏ thường thấy ở Việt Nam, op. cit., p. 289‑290.

17 A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin : région de Cao– Bang, op. cit., p. 56‑61.

18 Ibid., pp. 61‑63.

19 S. Baron, A Description of the Kingdom of Tonqueen, [s. l.], J. Walthoe, 1732, p. 18.

20 Đại Nam thực lục [Chroniques véridiques du Đại Nam], Ed. Giáo dục, Hanoï, 2002, vol. 6, p. 432 ; Đại Nam nhất thống chí, op. cit., vol. 4, p. 498 ; Ngô Đức Thọ, Nguyễn Văn Nguyên, Philippe Papin, Đồng Khánh địa dư chí [Géographie descriptive de l’Empereur Đồng Khánh], Ed. Thế giới, Hanoi, 2003, vol. 1, p. 654.

21 Đỗ Tất Lợi, Những cây thuốc và vị thuốc Việt Nam, op. cit., p. 977.

22 Ngô Đức Thọ, Nguyễn Văn Nguyên, Philippe Papin, Đồng Khánh địa dư chí, op. cit., pp. 657 et 670 ; Bá Thảo, Thiên nhiên Việt Nam, op. cit., p. 53.

23 Đài khí tượng Cao Bằng, Đặc điểm khí hậu Cao Bằng [la Climatologie de la province de Cao Bằng], Ban Khoa học tỉnh Cao Bằng, Cao Bằng, 1971, pp. 31‑32.

24 Ngô Đức Thọ, Nguyễn Văn Nguyên, Philippe Papin, Đồng Khánh địa dư chí, op. cit., p. 651.

25 L’un des proverbes populaires constate que : Bươn chất dân rẻt rẻt ‑ Bươn pét dân rịu rịu (le 7e mois lunaire, on se ressent de l’arrivée du froid, mais au 8e mois lunaire, le froid piquant nous frappe brutalement) [Cf. Hoàng Tuấn Nam, Non nước Cao Bằng, op. cit., p. 37].

26 Đài khí tượng Cao Bằng, Đặc điểm khí hậu Cao Bằng, op. cit., pp. 12‑13.

27 « La province de Cao Bang », Avenir du Tonkin, nos. 415‑421, mai‑juin 1892.

28 Notices sommaires sur les territoires militaires, op. cit, p.51.

29 Ibid., 51.

30 Édouard Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 4‑5.

31 Đại Nam nhất thống chí, op. cit., vol. 4, p. 409; Notices sommaires sur les territoires militaires, op. cit., p. 52.

32 La rivière Nho Quế prend sa source en Chine, entre au Vietnam à Đồng Văn puis traverse le district de Mèo Vạc (Hà Giang) pour devenir un affluent de la Gâm à Nà Ngàn qui se situe au nord‑ouest de Bảo Lạc.

33 La rivière Neo prend sa source dans la montagne de Phja Oắc, suit la direction nord‑ouest pour rejoindre la Gâm au chef‑lieu de Bảo Lạc.

34 J’utilise arpent comme traduction de mẫu, unité de surface vietnamienne valant 3 600 m2. 2 000 arpents représentent donc une superficie de 720 ha.

35 Đặng Xuân Bảng, « la Province de Tuyên Quang», traduite et annotée par A. Bonifacy, Revue indochinoise, n° 10, 1922, p. 168 ; Hoàng Tuấn Nam, Non nước Cao Bằng, op. cit., p. 23.

36 Hoàng Tuấn Nam, Non nước Cao Bằng, op. cit., p. 35.

37 Ibid., pp. 397‑398.

38 Le coton de Bảo Lạc est très connu. D’après le rapport d’A. Bonifacy en 1912, ce coton était une marchandise recherchée par les commerçants chinois. À Cao Bằng, on trouve des proverbes qui présentent les spécialités de la province, par exemple « Thóc Thông Nông, bông Bảo Lạc » [le riz du Thông Nông, le coton du Bảo Lạc] ou « Gái Đông Khê, lê Bảo Lạc » [la fille de Đông Khê, la poire de Bảo Lạc].

39 Soit 1 080 ha.

40  Quý Đôn, Kiến Văn tiểu lục [Notes sur les choses vues et entendues], 1777, Ed. Văn hóa Thông tin, Hanoï, 2007, pp. 387‑388.

41  Quang Định, Hoàng Việt nhất thống dư địa chí [Géographie descriptive de l’empire Việt], 1804, Ed. Thuận Hóa, Huế, 2005, p. 492. Les noms latins des plantes et des animaux sont pris dans Đỗ Tất Lợi, Những cây thuốc và vị thuốc Việt Nam, op. cit. ; Võ Văn Chi et Lê Khả Kế, Cây cỏ thường thấy ở Việt Nam, op. cit.

42  Quý Đôn, Vân Đài loại ngữ [Propos par matières de ma bibliothèque], Ed. Văn hóa thông tin, Hanoi, 2006, p. 449.

43 A. Bonifacy, « le Bois “de cercueil” dans la région de Ha Giang (Tonkin) », BEI, 0944605190), pp. 708‑716 ; P. Gourou, le Tonkin, op. cit., p. 172, 193.

44 A. Bonifacy, « le Bois “de cercueil”… », art. cit. ; A. Bonifacy., « Rapport de tournée dans le 3e Territoire militaire du Tonkin (extrait du 14 au 29 novembre 1912) », BEI, 0944605190), p. 79.

45 P. Gourou, le Tonkin, op. cit., p. 193.

46  Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit., p. 352.

47 Nguyễn Trãi, “Dư địa chí” [Traité de géographie],1435, in Ức trai tập [Œuvres complètes de Ức Trai], Phủ Quốc vụ khanh đặc trách văn hóa, Saigon, vol. 2, p. 229.

48 Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit., p. 395.

49 Đặng Xuân Bảng, « la Province de Tuyên Quang », art. cit., p. 414.

50 Đại Nam thực lục, op. cit., vol.  3, p. 314.

51 Nguyễn Văn An, Gió sương [Mésaventures], 1977, conservé chez M. Nguyễn Thắng Quân à Hanoï.

52 Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit., p. 349.

53 Daniel Perret, la Formation d’un paysage ethnique, Batak & Malais de Sumatra Nord‑Est, EFEO, 1995, p. 374

54 Notamment Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit..

55 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí [Monographie de la province de Cao Bằng], vol. 1, 1921 ; Đại Nam nhất thống chí, op. cit., vol. 4, pp. 498‑499 ; Ngô Đức Thọ, Nguyễn Văn Nguyên, Philippe Papin, Đồng Khánh địa dư chí, op. cit., vol. 1.

56 David K. Wyatt, Thailand a short history, New Haven and London, Yale University Press, 1984, p. 6.

57 Ibid.

58 Au début du XXe siècle, le nom Thổ ne sert déjà plus à désigner les Tày. Il est utilisé pour une autre ethnie qui habite dans la partie occidentale des provinces de Nghệ An et de Thanh Hóa. E. L. Lajonquière, Ethnographie des territoires militaires, Impr. Schneider, Hanoi, 1904, p. 73 ; M. Abadie, les Races du Haut-Tonkin de Phong-Tho à Lang-Son, Challamel, Paris, 1924, p. 31 ; E. Diguet, Étude de la langue Thô, Libraire Maritime et Coloniale, Paris, 1910, p. 1.

59 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, fos. 23b‑24a.

60 Ibid., f°. 24 a.

Read More: Truyền miệng

61 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op.cit, vol. 1, fos. 25b‑26a ; Mông Tô Tần, Cao Bằng tỉnh thủ hiến liệt phương danh [les Connaissances de la province de Cao Bằng], 1955, fos. 55a‑b.

62 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op.cit, vol. 1, f°. 26 a.

63 Đàm Thị Uyên, Huyện Quảng Hòa (tỉnh Cao Bằng) từ khi thành lập đến giữa thế kỷ XIX, op. cit., pp. 258‑264.

64 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, f°. 26 a ; Mông Tô Tần, Cao Bằng tỉnh thủ hiến liệt phương danh, op. cit., f°. 55 b.

65 ANOM/RST NF 1196 Recensement en 1936.

66 Đại Nam nhất thống chí, op. cit., vol. 4, p. 473.

67 A. Bonyfacy, « Notes ethnographiques sur les Thổ et les Thổ Ti dans le 3e Territoire Militaire », 1904, EFEO Paris Manus. 322‑2 ; M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 45‑46 ; Viện Dân tộc học, Các dân tộc Tày – Nùng ở Việt Nam [les Ethnies Tày – Nùng au Vietnam], Éd. Khoa học xã hội, Hanoi, 1992, p. 189.

68 Voir la notion muang dans le chapitre 3.

69 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 47 ; A. Bonifacy, « Notes ethnographie sur les Thổ et les Thổ Ti dans le 3e Territoire Militaire », op. cit.

70 A. Bonifacy, « Notes ethnographiques sur les Thổ et les Thổ Ti dans le 3e Territoire Militaire », op. cit.

71 C. Madrolle, les T’ai de la frontière sino‑tonkinoise, Hanoï, Impr. Schneider, 1906, p. 5‑6 ; M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 77 ; Notice sur le 2e territoire militaire et la région de Cao Bằng, op. cit., p. 7 ; Viện Dân tộc học, Các dân tộc Tày – Nùng ở Việt Nam, op. cit., p. 48 ; Nguyễn Chí Huyên, Hoàng Hoa Toàn, Lương Văn Bảo, Nguồn gốc lịch sử tộc người vùng biên giới phía Bắc Việt Nam [Origine de l’histoire des ethnies dans la région frontalière du nord du Vietnam], Ed. Văn hóa dân tộc, Hanoï, p. 102.

72 Leblond, « Esquisse historique du territoire de Cao Bang », 13 novembre 1908 ; Nguyễn Chí Huyên, Hoàng Hoa Toàn, Lương Văn Bảo, Nguồn gốc lịch sử tộc người…, op. cit., p. 102 ; Viện Dân tộc học, Các dân tộc Tày – Nùng ở Việt Nam, op. cit., pp. 48‑49.

73 Mais, il a énuméré seulement huit châu : Xiao Zhenan, Guishun, Longzhou, Tian, Fu, Taiping, Lei Sicheng et Xiangwu.

74 Quý Đôn, Kiến văn tiểu lục, op. cit., p. 389.

75 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 77.

76 Par exemple, les Nùng An proviennent de l’arrondissement d’Anjie (安結 – Guangxi), les Nùng Inh viennent de l’arrondissement de Longying (龍英 – Taiping), les Nùng Lòi viennent de Xialei (下雷 – Guangxi), les Nùng Chu viennent de Longzhou (竜州) et de Xiadong (下棟), les Nùng Phản Sình viennent de la préfecture de Wancheng (萬成 – Taiping) ; les Nùng Hảm Sích viennent de Luohui (罗囘 – Guangxi), les Nùng Khen Lài viennent d’Anping (安平), les Nùng Xuồng viennent de Yangli (養利), les Nùng Gửi viennent de Zhenan (鎭安), les Nùng Giang viennent de Guishun (归顺) et les Nùng Skít viennent de Sijie (四結).

77 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 76.

78 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 84.

79 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, Challamel, Paris, 1895, p. 40 ; Viện Dân tộc học, Các dân tộc Tày – Nùng ở Việt Nam, op. cit., p. 190.

80 Nguyễn Chí Huyên, Hoàng Hoa Toàn, Lương Văn Bảo, Nguồn gốc lịch sử tộc người , op. cit., p. 197.

81 Bế Viết Đẳng (ed.), Người Dao ở Việt Nam [Les Yao au Vietnam], Ed. Khoa học xã hội, Hanoi, 1971, p. 41.

82 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 107 ; ANOM RST NF 1196.

83 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 110.

84 ANOM/ RST NF 1196.

85 « Man » (蠻) est une appellation des Chinois et des Kinh pour désigner les ethnies au sud de la Chine et au nord du Vietnam comme les « barbares », les « sauvages ».

86 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, op. cit., p. 45 ; E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 117‑118 ; M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 134 ; Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op.cit, vol. 1, f°. 27 b.

87 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 108.

88 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 107.

89 Ibid.

90 Selon Chu Triều Đương (né en 1958), Lý Tiền Đình (né en 1920) et Lý Phú Sang (né en 1955), vivant à Hoài Khau (Quang Thành, Nguyên Bình) (entretien fait en avril 2013).

91 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, op. cit., p. 46.

92 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 108 ; M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 136.

93 A. Bonifacy, ” Travail ethnique du commandant Bonifacy sur les races peuplant le 3e TM”, 1903, EFEO Paris Manus. 313.

94 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, op. cit., p. 42, 46‑47.

95 Ambroise Massy, Quatorze mois chez les Thos et les Mans‑Tiens, Impr. Burdin, Angers, 1888 ; P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, op. cit., p. 117‑118 ; E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 46‑47 ; R. P. Mazelaygue, Mission dominicaine au Tonkin, Paris, J. Perroud, 1921, p. 32‑37.

96 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 149 ; Nguyễn Chí Huyên, Hoàng Hoa Toàn, Lương Văn Bảo, Nguồn gốc lịch sử tộc người , op. cit., pp. 170‑171.

97 Nguyễn Chí Huyên, Hoàng Hoa Toàn, Lương Văn Bảo, Nguồn gốc lịch sử tộc người …., op. cit., pp. 171‑173.

98 Ibid., pp. 179‑182.

99 Ibid., p. 177 ; S. Donald, « Ethnic Revolt in the Qing Empire: The “Miao Uprising” of 1795‑1797 Reexamined », Asia Major 16 (2), 2003, pp. 105‑152.

100 H. Girard, les Tribus sauvages du Haut‑Tonkin : Mans et Méos : notes anthropométriques et ethnographiques, Impr. Nationale, Paris, 1904, p. 19.

101 Dans une chanson populaire, les Hmong à Hà Giang l’ont exprimé par ces mots « Cá ở dưới nước – Chim bay ở trên trời – Chúng ta sống ở vùng cao – Và con chim có tổ – Người Mèo ta cũng có quê – Quê ta ở Mèo Vạc » [Les poissons vivent dans l’eau – Les oiseaux s’envolent – Nous habitons dans la haute région – Et les oiseaux ont leurs nids – Nous, les Hmong, avons également un pays natal – Notre pays natal se trouve à Mèo Vạc] (Cf. Viện Dân tộc học, Các dân tộc ít người ở Việt Nam – các tỉnh phía Bắc [les Ethnies minoritaires au Vietnam – les provinces du Nord], Éd. Khoa học xã hội, Hanoi,1978, p. 292).

102 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 150 ; H. Girard, les Tribus sauvages…, op. cit., p. 15‑16.

103 ANOM, RST NF/1196.

104 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, f°. 30 b ; A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin, op. cit., p. 128.

105 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, f°. 26 b ; A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 127.

106 E. Diguet, les Montagnards du Tonkin, op. cit., p. 137 ; M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 167.

107 M. Abadie, les Races du Haut‑Tonkin de Phong‑Tho à Lang‑Son, op. cit., p. 162‑163.

108 H. Girard, les Tribus sauvages du Haut‑Tonkin…, op. cit., p. 71.

109 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., p. 832 ; Phan Huy Chú, Lịch triều hiến chương loại chí [Règlements par matières des dynasties successives], 1821, Ed. Giáo dục, Hanoi, 2005, vol. 1, p. 182 ; Quang Định, Hoàng Việt nhất thống dư địa chí, op. cit., p. 500.

110 Jiaozhi (交趾 – en vietnamien Giao Chỉ) était le nom pour le Vietnam de l’ère des rois Hùng au milieu de la troisième domination chinoise du Vietnam (VIIeXsiècles) et encore pendant la quatrième domination chinoise (1407‑1427). Cf. Hoàng Xuân Hãn, Lý Thường Kiệt, lịch sử ngoại giao và tông giáo triều Lý [Lý Thường Kiệt, l’histoire diplomatique et religieuse de la dynastie des Lý], Ed.Hà Nội, Hanoi, 2010, p. 197.

111 La dynastie des Lý (1010‑1225) fut l’une des grandes dynasties vietnamiennes. Après son intronisation, Lý Công  Uẩn, dont le nom de règne était Lý Thái Tổ, ordonna le transfert de la capitale à Thăng Long (Hanoi actuel). En 1054, l’empereur Lý Thái Tông donna au pays le nom de Đại Việt. À partir de cette dynastie, le pouvoir monarchique se consolide. Parmi les mesures administratives, tendant toutes à une organisation méthodique du pays, il faut citer : le remaniement de la hiérarchie des fonctionnaires (1089) ; la création des examens pour le recrutement des fonctionnaires (1075) ; l’institution d’un collège impérial (1076) ; la création d’une Académie impériale (1086) ; les efforts pour développer l’instruction, marqués par la rédaction de manuels de calcul, d’écriture, etc. ; la mise en place de relais postaux établis sur les routes mandarines ; l’entretien constant des digues. Le pays connut peu de famines sévères sous cette dynastie. (Selon cf. Hoàng Xuân Hãn, Lý Thường Kiệt, …, p. 197; Pierre Huard, Maurice Durand, Connaissance du Vietnam, Paris, EFEO, 1954, p. 17‑18, réédition en 2014).

112 Par exemple : «Cao Bằng gạo trắng nước trong ; Ai lên trên đó không mong ngày về » (Cao Bằng a du riz blanc et de l’eau transparente ; Si l’on y va, on ne voudra pas rentrer).

113 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., p. 832.

114 Đại Nam nhất thống chí, op. cit., vol. 4, pp. 498‑499 ; Ngô Đức Thọ, Nguyễn Văn Nguyên, Philippe Papin, Đồng Khánh địa dư chí, op. cit., vol. 1, p. 654.

115 Voir note n°1.

116 Châu (arrondissement en français) est une division administrative qui correspond à un district à la montagne.

117 Song Shi, 1345, biographie (列传) n°. 93, vol.  3, Zhonghua shu ju, Beijing, 1977, p. 4075.

118 Emmanuel Poisson, Mandarins et subalternes au nord du Viêt Nam: une bureaucratie à l’épreuve (1820‑1918), Maisonneuve et Larose, Paris, 2004, p. 55.

119 Nguyễn Trãi (阮廌) (1380‑1442), pseudonyme Ức Trai (抑齋), était un illustre lettré confucéen vietnamien, un poète remarquable, un politicien qualifié et un maître stratège. Il est devenu conseiller principal de Lê Lợi, un héros, un empereur du Vietnam, qui a combattu les Ming pour libérer le pays. Il est crédité d’avoir écrit les déclarations politiques importantes de Lê Lợi et d’avoir inspiré aux Vietnamien leur soutien à la rébellion contre les Ming. Il est également l’auteur de la « Grande proclamation sur la pacification des Wu (Chinois) » (Bình Ngô đại cáo).

120 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., p. 832.

121 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., pp. 781‑782.

122 Viện Dân tộc học, Các dân tộc Tày – Nùng ở Việt Nam, op. cit, p. 241.

123 A. Bonifacy, Travail ethnique du Commandant Bonifacy sur les races peuplant le 3e Territoire Militaire, op. cit..

124 Nguyễn Trãi, Dư địa chí, op. cit., p. 795.

125 Andrien Launay, Histoire de la mission du Tonkin ‑ Documents historiques, 1658‑1717, Librarie Orientale et Américaine ‑ Maisonneuve Frères, Paris, 1927, pp. 44‑45.

126 Albert Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin, op. cit.,p. 135.

127 Frédéric Malaret, le Commerce du Tonkin avec la province Chinoise du Quang‑si, Impr. Barlatier et Bathelet, 1892, p. 6‑7.

128 Frédéric Malaret, Observations, études et souvenirs : Le commerce du Tonquin avec la province chinoise du Quang‑Si, Impr. de Barlatier et Barthelet, Marseille, 1892, p. 7 ; A. Billet, Deux ans dans le Haut‑Tonkin, op. cit., p. 135.

129 Nguyễn Lân, Từ điển thành ngữ và tục ngữ Việt Nam [Dictionnaire des expressions et des proverbes vietnamiens], Ed. Văn hóa, Hanoi, 1989, p. 247 ; Nguyễn Như Ý (ed. et alii.), Từ điển giải thích thành ngữ tiếng Việt [Encyclopédie des expressions Vietnamiennes], Ed. Giáo dục, Hanoi, 1995, pp. 569‑570.

130 H. Girard, Le Haut‑Tonkin : essai de la climatologie médicale, Paris, E. Augustin Challamel, 1903, p. 11‑12.

131 Nguyễn Thế Anh, Kinh tế và xã hội Việt Nam dưới các vua triều Nguyễn [l’Économie et la société du Vietnam sous la dynastie des Nguyễn], Ed. Lửa Thiêng, Saigon, 1971, p. 27.

132 Đại Nam thực lục, op. cit., vol.  4, p. 906; LI Tana, « Dân số miền Bắc Việt Nam từ thế kỷ 16 đến 18 » [la Population du nord du Vietnam du XVIe siècle au XVIIIe siècle], Xưa và Nay, n° 41‑42, 1997, pp. C‑D et 26.

133 P. Ory, la Commune annamite au Tonkin, [s. l.], A. Challamel, 1894, p. 31.

134 Nguyễn Thế Anh, Kinh tế và xã hội Việt Nam dưới các vua triều Nguyễn, op. cit., p. 24.

135 P. Gubry, Population et développement au Viêt‑nam, Paris, Karthala, 2000, p. 49.

136 P. Gourou, les Paysans du Delta tonkinois : étude de géographie humaine, Les éditions d’Art et d’Histoire, Paris, 1936, pp. 139‑144.

137 Annuaire statistique de l’Indochine recueil de statistiques relatives aux années 1913 à 1922, op. cit., vol.  1, p. 110.

138 P. Famin, Au Tonkin et sur la frontière du Kwang‑Si, op. cit., p. 50 ; Paul Marabail, la Haute région du Tonkin et l’officier colonial, cercle de Cao‑Bang, Émile Larose, Paris, 1908, p. 137.

139 Bế Huỳnh, Cao Bằng tạp chí, op. cit., vol. 1, fo. 23 b.

Source: https://vietartproductions.com
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